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mardi 6 mars 2018

Jeanne of Arc

Nous allons aujourd'hui parler de la fameuse Jeanne d'Arc. Oui, celle qui entendait des voix et qu'un Cauchon à condamné à griller.
C'est la personne la plus connue qui se soit fait des cendres pour la France....
Trêve d'humour à 2 balles, nous allons attaquer dans ce billet une question passionnante car sa vie et sa mort soulèvent une multitude de questions et ont des répercussions de nos jours encore...

L'histoire commence pendant la Guerre de Cent ans, alors que le souverain français Charles VI, surnommé le "roi fou" tente de régner tant bien que mal et fait ce qu'il peut pour se maintenir sur le trône.
L'époque est effroyable pour le peuple, car les puissants se déchirent pour la succession sur le trône de France.... Et ils n'y vont pas de main morte...

Mais les anglais revendiquent aux aussi le trône de France et ils y ont légitimement droit, à cause d'un "trou" dans la lignée généalogique de la descendance mâle des Capétiens.
C'est pour éviter cette hérésie (puisque le roi d'Angleterre est"techniquement" un étranger, même s'il descend des souverains français) que la France avait dépoussiéré la "Loi Salique", héritée des Capétiens et toilettée pour faire en sorte qu'aucune femme ne puisse monter sur le trône.
Ceci, bien entendu, sans arrière-pensée bassement politique. Bref, la Loi Salique fixe les conditions de l'accession au trône de France par la lignée des mâles premiers nés.
Concrètement, les Anglais revendiquent le royaumes des Flandres, La Guyenne (leur berceau familial sur le continent), et ont un allié "naturel" en la personne des Bourguignons, qui se retrouvent eux aussi avec des frontières communes avec le Saint Empire Romain Germanique.


Petit inventaire des prétendants

A l'origine, il y a une lutte pour la domination entre la dynastie des Plantagenets (Angleterre) et celle des Valois (France).
Les Plangenets (en référence à un rameau de genêt posé sur un casque à la place du plumet) sont originaires du Sud-ouest de la France, ont été Rois de Jérusalem et sont sur le trône d'Angleterre.
Pour rappel, les Normands sont montés sur le trône d’Angleterre après la bataille d'Hastings (Richard cœur de Lion, son frère Jean sans terre et Ivanhoé...ça vous parle ?) et la devise d'Angleterre est "Honni soit qui mal y pense", en bon français s'il vous plait...

Sur un coté du ring, les Armagnacs, héritiers des capétiens, et partisans du Duc Louis d'Orléans.
De l'autre coté du ring, les Bourguignons, économiquement très puissants, qui soutiennent le candidat du duché de Bourgogne, Jean sans Peur.

Outsider, le roi Henri V d’Angleterre, qui a des troupes en France et veut reconquérir les anciennes possessions anglaises sur le sol français.


La guerre de cent ans

En 1337, Edouard III Plantagenet revendique, de par sa généalogie, le trône de France, et attaque Philippe VI de Valois.
C'est le début de la "guerre de cent ans" entre les anglais et les français (Wikipédia est votre ami).

D'abord victorieux, il est repoussé et à cause du conflit qui ravage les deux pays, chaque belligérant doit régler (et mater) des révoltes internes dues à la pauvreté et à la famine.
Successeur de Edouard III, Henri V Plantagenet ayant le premier réussi à régler ses problèmes intérieurs, il profite de la rivalité entre la maison de Bourgogne et des Armagnacs pour revenir sur le ring.

Il ne faut pas oublier qu'en 1415, a eu lieu la bataille d'Azincourt qui a trucidé la quasi totalité des chevaliers français.
Petite parenthèse qui va réveiller vos souvenirs de classe : les anglais sont en infériorité numérique, mais les chevaliers français sont décimés, à distance, par des archers gallois qui tuent les destriers et les chevaliers empêtrés dans leurs armures sont achevés, au sol, par les coutiliers.
La première initiative de Jeanne sera de massacrer les archers gallois par surprise, au cours d'une charge de cavalerie, privant ainsi les anglais d'une supériorité technologique (pour l'époque).
Les Anglais ont donc mis pied-à-terre sur le continent.
Et Henri V entend bien pousser l'avantage pour reprendre ses anciennes possessions.
Comme ils sont dans le nord de la France, ils font alliance avec les Bourguignons.

C'est une "guerre sale" qui ne recule devant aucun coup bas, aucune atrocité, pour faire triompher sa faction. Et le pays est exsangue.
En 1407, le Duc d'Orléans est assassiné sur les ordres de Jean sans Peur.
Mais au cours du trajet pour une entrevue qu'il devait avoir avec le Dauphin, Jean sans Peur, qui croyait ceindre la couronne royale, est assassiné à son tour en 1419.
Il meurt dans un attentat organisé au pont de Montereau, probablement sur ordre du Dauphin.


Les revirements politiques

Ce n'est pas nouveau, comme nous allons le voir.
L'époque est plus que troublée et Isabeau de Bavière, femme du Roi de France, devient régente du Royaume lorsque son mari, Charles VI sombre dans la démence.

Pour mieux fixer les idées sur la panique qui règne, c'est au cours de cette période que se produit le Grand Schisme d'Occident (Wikipédia est là pour vous aider).
La Reine n'est pas préparée à assumer les responsabilités de la régence, et elle subit la mauvaise influence de ses différents conseillers (notamment son propre frère) et pille le Trésor royal.
Dans un premier temps, elle se range du coté des Bourguignons. Mais à la mort du Duc de Bourgogne, elle prend le parti des Armagnac.
Certaines mauvaises langues la pensent maitresse de Louis d'Orléans. Quoi qu'il en soit, la pauvre Isabeau a la réputation d'être au minimum un femme légère, au pire d'avoir des mœurs dissolues.

Mais elle a compris que pour être légitimée, et voir son fils sur le trône, elle devait réunir les deux factions et donc devenir médiateur entre les deux partis. Résultat, les Armagnacs l'exilent, et elle reçoit alors le soutien des Bourguignons.
Vous suivez toujours ?

En 1420, Henri V d'Angleterre, qui a fait alliance avec la régente (il a épousé la fille d'Isabeau, Catherine de Valois) et les Bourguignons obtient la signature du traité de Troyes.
Ce traité le reconnait comme héritier du trône, le Roi Charles VI étant toujours le souverain en titre, malgré sa folie.
Mais ce même traité comporte une clause léonine : l'héritier de Charles VI, le futur Charles VII, est mis à l'écart du trône, désigné comme «soi-disant dauphin de Viennois», avec, pour seule justification, «en raison de ses crimes énormes».
Bref, Henri V a un boulevard qui le mène vers le pouvoir (oui, j'essaie les alexandrins...)



Mais l'histoire ne s'arrête pas là

Ce serait trop beau.
La fusion tant espérée en un seul royaume, ne se produira pas.
Henri V décède, laissant comme héritier Henri VI (donc le petit fils d'Isabeau de Bavière), un enfant de 1 an.
De fait, sa légitimité en tant qu'héritier de la famille Lancaster (donc Plantagenet) et de la fille de la Régente de France, le fait légitimer par le nord de la France, zone occupée par les anglais, mais aussi, nous y reviendrons, par la Faculté de Paris.
Peu de temps après, Charles VI meurt à son tour. Et son héritier est, bien entendu, légitimement reconnu dans le sud du pays.
Il s'agit du "Dauphin Charles", qui deviendra donc Charles VII, roi "autoproclamé" le 21 octobre 1422, à la mort de son père.
On le surnomme d'ailleurs, par dérision, le "Roi de Bourges", car le sacre des Rois de France se fait traditionnellement à Reims (Oui, c'est là qu'on fait le Champagne).
Charles est par ailleurs considéré comme le prince le plus cultivé de son époque, car il est formé par les meilleurs maitres de son temps...

Mais ses ennemis feront courir le bruit que le jeune Dauphin est manipulé par des conseillers "aventuriers sans scrupules", "avides de pouvoir", et cupides.
Ils lui feront même une réputation d'indolence, voire d'apathie et de manque de caractère, alors que l'Histoire montrera au contraire, une conduite avisée (Wikipédia est votre ami), malgré quelques périodes de dépression et de découragement (ce que l'on peut parfaitement comprendre).



Zorro est arrivé-é-é

Je vous laisse digérer votre cachet d'aspirine, et je reprends.
Donc, stratégiquement parlant (et surtout militairement parlant), le Roi Charles VII est en mauvaise posture.
Le Duc de Bedford, tuteur du bébé Henri VI, devient Régent du royaume et devrait techniquement (vu les forces en présence) remporter une victoire facile sur l'autre parti.
Il prend les armes et commence sa conquête par une série de victoires.

Il reste toutefois quelques poches de résistance au nord de la Loire, notamment la ville d'Orléans.

Le 25 février 1429, dans son château de Chinon, le Roi Charles VII, entouré de toute sa cour et dans le plus faste apparat, accorde une audience ... à une bergère de 16 ans, qui se présente sous le nom de "Jeanne d'Arc", venue de Lorraine et qui se dit inspirée par Dieu....
Elle a "entendu des voix" (ou "eu des visions" selon certaines versions) qui lui ont donné pour mission de "bouter les Anglois (non, ce n'est pas une faute) hors de France" et de placer le Roi de France sur son trône : "Gentil dauphin (succès repris par Gérard Lenorman), je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier du trône de France".
Et, tout naturellement, après un simple examen par des ecclésiastiques qui confirment qu'elle est "sincère" et "bonne Catholique", le Roi lui fait confiance et lui confiera, sans sourciller, des troupes pour accomplir cette mission.

Bon, moi perso, j'aurais plutôt prescrit une camisole et une bonne douche froide, mais le fait est que dès ce moment, les victoires s'enchainent pour le parti des Armagnacs... et que leur parti reconquiert petit à petit les territoires qui leur avaient échappé.
Dans l'Histoire, on appelle cette jeune bergère "Jeanne d'Arc" ou "Jehanne la Pucelle".

Qui est cette jeune fille ? Comment une simple bergère demande - et obtient - une audience au Roi ? Pourquoi lui fait-il confiance ? Comment expliquer le renversement de situation ?
Et surtout... d'où viennent les voix (si voix il y a) ?


Jeanne d'Arc

Bien entendu, les faits mentionnés ci-dessus appartiennent à l'Histoire. Mais cette "apparition" providentielle de Jeanne a fait couler beaucoup d'encre.
Et, bien entendu, tous les complotistes de tous poils y ont vu un terreau favorable pour des théories fantaisistes toutes plus folles les unes que les autres.
J'ai même lu sur un site que c'était un coup... des extra-terrestres... Ben ouais, ça faisait un bail qu'on en parlait plus, d'eux...
Donc, démontons le complot du silence...(non, c'est une blague, hein ? HEIN ?)

Donc, le Roi est assiégé à Chinon. La jeune fille déclare s'appeler "Jeanne d'Arc", et le Roi lui confie ses troupes.
En fait, le Roi a comme chef de ses troupes, Jean de Dunois et dispose aussi de troupes écossaises (on parlera plus en détail de l'Ecosse une prochaine fois, car ce sujet est passionnant). Jeanne d'Arc les rejoint.
Et les historiens s'accordent sur le fait que la levée du siège de Chinon est une éclatante victoire française.

Ensuite Jeanne d'Arc sera de toutes les batailles, toutes victorieuses, Et finalement, le 17 juillet 1429, sa mission sera accomplie : le Roi arrive à Reims pour y être sacré.

Dès la levée du siège, bataille après bataille, le Roi et son escorte, au terme d'une "marche victorieuse", plus ou moins en terrain ennemi, vont à Reims (en plein cœur du territoire Bourguignon) et le Roi est "officiellement" sacré Roi, suivant le rituel traditionnel.
Problème, à Paris, Henri VI, qui a maintenant 9 ans est lui aussi sacré Roi de France.

Donc, les deux factions en présence décident de suspendre les hostilités, le temps d'y voir plus clair.
Mais le 10 mai 1430, les Bourguignons rouvrent les hostilités avec le siège de Compiègne par Jean de Luxembourg.
Jeanne d'Arc se porte à leur secours à la tête d'une colonne de 400 soldats, mais elle tombe dans une embuscade et est fait prisonnière.
Les Bourguignons la vendent (ni plus ni moins) aux anglais, et comme chacun sait, elle est jugée à Rouen par un tribunal ecclésiastique, présidé par l'Evèque de Beauvais, Pierre Cauchon.

Comme les Templiers avant elle, elle est condamnée à mort sur le bûcher, comme hérétique et relapse, et sera brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Elle avait 19 ans.

Ce n'est qu'en 1449, après avoir libéré Rouen, que Charles VII, sans doute pour honorer sa dette envers elle, fera ouvrir un procès en réhabilitation pour Jeanne d'Arc. Elle sera réhabilitée le 17 juillet 1456.



L'impact de Jeanne d'Arc

En 1920, sa fête deviendra une fête nationale, fêtée le dimanche suivant le 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans.
Elle est nommée Sainte Patronne de la France.
Elle est aussi et surtout le symbole de la résistance de la France contre les occupants et certains feraient bien de s'en rappeler avant de s'en prévaloir.
Mais marcher au pas de l'oie a des effets néfastes sur la mémoire ... et sur l'intelligence...

Mais concrètement quel a été le rôle réel de Jeanne d'Arc ?
En fait, elle n'a jamais commandé d'armée, mais a su galvaniser les troupes à un point tel qu'ils allaient au combat sûrs de leur victoire, car ils étaient du "bon coté" : ils étaient "inspirés" par Dieu, et Jeanne en était témoin.
Bref, ils massacraient mieux que ceux d'en face car, grâce à la présence de Jeanne qui tenait leur moral au plus haut,leur combat était juste et la victoire "devait" obligatoirement leur revenir.
Ils se battaient pour une juste et noble cause et Dieu les soutenait...

Mais sur le plan politique, Jeanne est la "femme qui tombe à pic"...
Son intervention tombe à point nommé. Elle renverse la situation politique et militaire et légitime un Roi de France français en le faisant sacrer à Reims, suivant la tradition...
Champagne !!!



La Jeanne historique

Vu l'exactitude toute relative de la tenue des registres paroissiaux d'Etat-Civil (et à Domrémy, il n'y avait pas de registre paroissial en prime), Jeanne nait aux environ de 1412, dans le village de Domrémy (dans les Vosges).
Vers 17 ans, elle affirme avoir reçu pour mission de délivrer la France de l'occupant anglais, mission confiée par Saint Michel, Marguerite d'Antioche et Catherine d'Alexandrie.
On connait son prénom et son nom par les minutes de son procès. Elle dit s'appeler Jeanne (Jeanette dans le patois des Vosges) d'Arc (ce qui aujourd'hui équivaudrait à Dupont) et Rommée (nom de sa mère qui avait fait le pèlerinage de Rome).
La juxtaposition du nom du père et de la mère était une coutume locale. Nous avons donc le nom patronymique et le nom matronymique, ce qui pourrait satisfaire une énième réforme de l'orthographe dont on parle beaucoup (et beaucoup trop) ces temps derniers...
De plus, d'après les médiévistes, on ne connait pas son nom exact, car, sur les minutes, il s'agit d'une transcription phonétique et on ne sait pas non plus s'il s'orthographie Darc (comme Mireille) ou d'Arc (nom à particule qui suggère la noblesse).
Elle ne connait pas son âge exact, mais l'évalue à 19 ans...

Elle est la première d'une famille de 5 enfants, et son père n'est pas qu'un "simple laboureur" comme on le croit. Il est un notable du village et possède des biens et des bêtes.
Jeanne est une fille courageuse, franche, honnête et très pieuse.
Elle commence à entendre des voix à 13 ans, ce qui l'effraie, mais au fur et à mesure, elle les écoute, s'isole des autres enfants de son âge et rompt même ses fiançailles, ce qui lui vaudra un procès.
Et Jeanne fait preuve d'une étrange détermination. Elle quitte sa famille sous un faux prétexte et tente de s'enrôler dans l'armée, en tant qu'Elue d'une ancienne prophétie.
On la prend pour une illuminée (tiens donc ??) et on la renvoie dans ses foyers.
Elle ne renonce pas pour autant et son audace ainsi que sa perspicacité (wikipédia est votre ami : journée des Harengs) font qu'elle finit par être prise au sérieux.
Un capitaine du Roi, Robert de Baudricourt lui donne une escorte et la fait mander près du Roi (vous avez vu la phrase... classe, non ?).

Bien entendu, Jeanne porte des habits masculins (ce qui est habituellement mal vu, surtout à cette époque et encore à la fin du XIX ème siècle, il fallait avoir une autorisation préfectorale pour en porter) et la coupe de cheveux de Mireille Mathieu (à moins que ce ne soit Mireille qui ait copié l'autre).
Bref, vous l'aurez compris, un personnage hors du commun.

Le Dauphin la reçoit, non pas en grande fête dans la salle du château, mais dans ses appartements privés. La grande fête mentionnée au début n'aura lieu qu'un mois plus tard.
Par contre, le fameux examen du collège d'ecclésiastiques, outre l'examen de conscience, se transforme plus banalement en une vérification de sa virginité par des matrones, sous l'autorité de la belle-mère du Roi...
Pourquoi cet examen ?

Quoi qu'il en soit, elle passe ces tests avec succès et on lui donne une armure et une bannière blanche à fleur de lys. Elle écrira dessus "Jesus Maria".
Elle sait donc lire et écrire... Pas exactement le profil de la bergère de l'époque.

En tout cas, son épopée est, de quelque point de vue qu'on la considère, stupéfiante.
Les historiens se demandent encore aujourd'hui si elle n'a eu qu'un rôle de porte-étendard, allant courageusement au cœur de l'action, comme "Elue divine" (Joli jeu de mots, merci), raviver le courage de ses troupes et repousser l'ennemi ; ou bien une habileté de fine tacticienne qui conseillait efficacement les chefs de guerre...
Quoi qu'il en soit, l'histoire finit mal pour elle.

Jeanne veut reprendre Paris, ville symbolique et siège de "l'autre Roi". Charles VII hésite, mais Jeanne attaque et sera blessée et son assaut repoussé.
Charles VII lâche l'affaire, mais pas Jeanne.

Elle créé donc sa propre armée et elle chevauche en tête. Plusieurs fois blessée, elle "y retourne". Mais malgré son courage et sa ténacité, les succès militaires ne seront pas au rendez-vous.
On la force à se calmer, mais encore une fois, elle prend la tête d'une compagnie de volontaires et part secourir Compiègne assiégée par les Bourguignons : elle y sera capturée le 23 mai 1430.

Les Bourguignons la vendent (malgré ses tentatives, elle ne réussit pas à s'échapper) aux Anglais pour 10 000 "livres tournois" (Wikipedia est votre pote).



Un procès plus que truqué

Les Anglais l'envoient à Rouen (leur Quartier Général) sous la garde de Pierre Cauchon, Evèque de Beauvais. Et on la juge pour hérésie.
Les juges sont parfaitement impartiaux (naturellement) et savent qu'ils doivent condamner Jeanne à mort sous peine de violentes représailles, ainsi que le démontrera son procès en réhabilitation.
Leur problème, c'est qu'ils ne savent pas sur quel chef d'accusation se baser....

L'interrogatoire de Jeanne est très violent, mais on lui épargnera les tortures ("la question").
C'est une bonne Chrétienne, convaincue de sa "mission", et assez prude puisqu'elle avait fait renvoyer de l'armée les prostituées qui suivaient les soldats.
Alors, on va la déclarer hérétique sur le fait qu'elle porte des habits masculins, qu'elle ne reconnait pas l'autorité ecclésiastique terrestre, et que les "voix" qui lui parlent sont inspirées par le démon plutôt que par Dieu...
C'est d'ailleurs le chef d'accusation principal : Revelationum et apparitionum divinorum mendosa confictrix (imaginant mensongèrement des révélations et apparitions divines)...
Mieux le vieux Cauchon (joli hein ?), afin de trouver un autre chef d'accusation "fort", la fit examiner par un collège de matrones pour vérifier sa virginité... qui était intacte.
Certes, elle aurait pu avoir d'autres pratiques me direz-vous, mais vous avez vraiment l'esprit mal tourné...

Pour Jeanne, il n'y a plus qu'un recours : le Pape. Mais ses juges empêchent l'appel.
Comme les Templiers avant elle (oui, rassurez-vous, il y a aura un billet sur eux... j'y travaille), elle sera déclarée « relapse » (retombée dans ses erreurs passées), et condamnée au bûcher.
Les Anglais ont été très clairs : il ne doit absolument rien rester du corps de Jeanne, pour éviter tout culte posthume (ça vous rappelle quelque chose ??).
Pour être bien certains qu'elle est morte de chez morte, les Anglais lui font subir publiquement 3 crémations successives (voir Wikipedia), et les cendres qui restent sont jetées dans la Seine...
Mais comme nous allons le voir... toutes ces précautions permettront quand même à certains de penser que... Jeanne d'Arc a survécu...


La théorie complotiste

C'est comme pour un tour de magie : plus on tente de vous persuader qu'il n'y a rien... plus on peut penser que l'on tente de vous dissimuler quelque chose...
Tout ce luxe de précautions permet de démontrer que Jeanne d'Arc n'est plus... mais pourquoi vouloir tant prouver, si ce n'est pour dissimuler un vaste complot...
Car, après tout, avouons-le, la vie de Jeanne est digne des meilleurs scénarii.
Une roturière "entend" des voix divines, met sur le trône de France le Dauphin qui était quasiment vaincu, repousse les Anglais, s'habille en garçon, ce qui, pour l'époque est signe démoniaque, et vit en quelques années ce que d'autres ne vivraient pas dans toute leur vie... Bref, elle a un destin exceptionnel.
Même sa fin tragique est digne des meilleurs scenarii d'Hollywood...
Les armoiries de Jeanne sont examinées et réexaminées et qu'importe que les historiens expliquent que suite à sa bravoure et à ses faits d'armes, Jeanne et sa famille aient été anoblis, d'où ces armoiries spécifiques...
Et si ?....
Car oui, Jeanne et sa famille ont été anoblis sans titre, sans possessions agricoles, et sont restés roturiers, et d'ailleurs on leur a retiré le titre quelques années plus tard...
De fait, ces armoiries si particulières existent bel et bien...
Puisque l'on sait maintenant qu'Elvis n'est pas mort, ni Mickael Jackson et que les Ricains ne sont jamais allés sur la lune, et que l'on vous cache tout, allons voir un peu ce qui se trame en coulisses...


Pas une, mais deux

Bon, je vous fais la version courte : il y a un complot "officiel" sur lequel on observe l'omertà.
Vous n'en trouverez trace nulle part, sauf, bien entendu sur ce site, car moi seul connais la vérité et l'on veut me faire taire.
Ma seule chance, c'est de tout déballer, car si tout le monde est au courant, je ne risque plus rien...
Oui on tentera de me faire passer pour fou, mais c'est le lot de ceux qui se dressent Pour la Vérité et Contre le mensonge...
On me décrédibilisera, pour faire en sorte que la Vérité ne soit connue que d'une poignée, d'une élite...
Mais voici enfin la Vérité ...

Ca y est ? Vous êtes dans l'ambiance ? Je n'ai rien oublié ?
J'ai vérifié et j'ai bien tout mis : le complot, la menace sur ma vie, l'élite complotiste inconnue (vous n'en faites jamais partie, rassurez-vous. Moi je sais tout, mais j'en fais pas partie ???), et, astuce suprême, je vous prépare déjà au fait que on va démonter mes belles théories.
Ce n'est pas parce que mes théories sont un ramassis d'âneries, et qu'on peut les démonter, mais bien parce qu'il y a un complot là dessous... Toute l'astuce est là...
Et le pire, c'est que je ne peux pas produire de preuve pour étayer mes dires, car ils sont puissants et ont bien fait en sorte que je ne puisse rien prouver...

Bon, maintenant que vous êtes dans l'ambiance paranoïaque voulue, on y va...
Il y a deux théories complotistes : les "bâtardisants" et les "survivistes" (survivalistes étant déjà pris par ailleurs).
Les "bâtardisants" pensent que Jeanne était née de sang royal, mais cachée aux yeux de tous à Domrémy pour d'obscures raisons de lignage et elle vient au secours de sa "vraie" famille en aidant le Dauphin.
Il faut dire que la réputation de Isabeau a joué en faveur de cette thèse, car, en son temps, on la prétendait assez "légère"....

Les "Survivistes", quand à eux, pensent que le bûcher était une fumisterie (celle là, il fallait oser), une mise en scène et que Jeanne a accepté une "transaction" et on la retrouve plus tard, sous deux identités.



Les bâtardisants

Hé oh, soyez polis...
Cette histoire "parallèle" a été initiée par Jean Jacoby, suivi par Edouard Schneider et Jean Bosler.
Leur version est que Jeanne d'Arc n'avait pas pour parents Jacques d'Arc et Isabelle Romée, mais bel et bien Isabeau de Bavière elle même, faisant d'elle la demi-sœur du Roi.
Ainsi, on explique son statut qui l'autorise à parler au Roi, le fait qu'elle sache lire, sa connaissance des usages de la Cour, voire même son expérience militaire...



Les survivistes

Jean Grimod reprend cette théorie et la continue : si Jeanne est bien une princesse de sang royal, il est "évident" que les anglais n'auraient jamais osé la brûler...
Donc, loin de la faire brûler 3 fois pour être sûrs qu'il n'en reste rien (Wikipedia), ils l'auraient faite évader, et qu'elle aurait continué sa vie, pépére et mariée sous le nom de "Jeanne des Armoises" et Wikipedia est votre pote.



Objections votre Honneur !

Jeanne D'Arc ne se présente pas sous ce nom, mais dit s'appeler Jeanne en France, et Jeanhette à Domrémy. Sans doute pour dissimuler sa royale ascendance...
Elle laisse planer un doute sur sa date de naissance
Il est vrai que Jeanne d'Arc ne s'est jamais présenté elle-même sous ce nom. Est ce pour autant la conséquence d'un complot (on ne nous dit pas tout ;-) ) ?

Ben... NON... A cette époque, il n'existe pas de nom patronymique tel qu'on le connait de nos jours. Pareil pour les registres d'Etat Civil : l'Etat Civil n'existe pas encore, et ce sont des Registres Paroissiaux qui sont tenus sans procédure particulière par le curé du village, chacun faisant comme bon lui semble, sans unification des données.
C'est donc la coutume locale qui s'applique pour le nom.... ce qui est quelque peu source d'erreurs...
Le curé connait ses paroissiens et son problème c'est d'en tenir le compte, pas d'imaginer que des siècles plus tard, on viendra contrôler ses registres paroissiaux pour y appliquer les règles napoléoniennes de l'Etat-Civil...
A son procès, Jeanne déclare qu'elle est née au village de Domrémy, et que son père "s'appelle Jacques d'Arc et (sa) mère Isabelle.". Elle est donc Jeanne d'Arc.
Et il en va de même pour la date de naissance : Jeanne ne la connait pas exactement, comme toutes les personnes de cette époque.
Pour un prêtre, seule compte la date du Baptême. Mais le baptisé a t il un an, six mois, trois jours ?
Il est né "aux vendanges" ... et encore, les parents ont mieux à faire durant ces périodes que d'aller à l'église : la terre n'attend pas.
Les registres médiévaux sont tenus de façons désordonnée et les faits ne sont pas toujours tous consignés.
L'argument ne tient pas. Il serait valide de nos jours avec des registres informatisés, mais à l'époque, la gestion se fait au "doigt mouillé"...
Vous constaterez avec plaisir que cette question des enfants illégitimes revenant pour réclamer leur part d'héritage. La presse pipole actuelle s'en fait une joie.
Le Papet (Yves Montand), Cloclo (Claude François) et d'autres y ont eu droit....
Alors, imaginez si vous transposez ces ragots à une époque où il n'y a pas de test ADN, et où les registres sont aléatoires.

Allons même plus loin, et acceptons l'idée que Jeanne soit une bâtarde royale. N'allons pas plus loin que Jean de Dunois (Wikipedia est votre pote).
C'est un fils naturel "officiel" connu sous le nom de "le Bâtard d'Orléans". Il devient chef militaire de la maison d'Orléans et est un compagnon d'armes de Jeanne.
Pourquoi n'aurait-elle pas eu les mêmes égards ??
Visiblement, à cette époque, la légitimité de la filiation n'a pas l'air de poser trop de problèmes.
Pourquoi en serait-il autrement pour Jeanne ??
Une fois l'acte constaté avec la grossesse de la mère, pourquoi dissimuler la naissance, légitime ou pas, de l'enfant ?



De même, supposée enfant royale et donc éduquée comme telle, elle est une cavalière émérite et un valeureux capitaine, doublé d'un fin stratège.
Dans un premier temps, c'est une bergère, mais voila que le vilain petit canard a éclot et qu'il devient un valeureux guerrier...
Question : où a t elle appris l'art de la guerre ? En lisant Sun Tzu ? Elle s'est entrainée comment ?
Et pour le cheval ? Là, c'est simple.... Comme tous les petits paysans, elle a probablement fait du cheval. Elle doit donc savoir le B.A.BA. de la chose.
Mais ce n'est sans doute pas la cavalière émérite que l'on veut faire croire : a son procès, un médecin, mandaté par Cauchon, a constaté certaines blessures provoquées par le manque de pratique équestre...


Le Blason de la Pucelle

Hé oui, Jeanne d'Arc a un blason, car elle a été anoblie par le roi Charles VII.
Mais là encore, il y a problème ...
Elle est anoblie, ce qui veut dire qu'avant, elle ne l'était pas, Merci Mr de la Palice.

Mais aucun document officiel direct n'en fait mention. Seuls des documents postérieurs indirects en font foi, avec donc des possibilités d'erreurs, volontaires ou non.
En 1614, le Roi aurait retiré ce titre (Dame du Lys)à la famille d'Arc qui n'était pas noble, économisant ainsi les pensions à verser aux héritiers (indirects) de celle qui s'était sacrifiée pour la France...
Belle mentalité, mais le fait est : aucune noblesse dans la famille.
Mieux, l'anoblissement ne lui attribuait pas de terres, et donc, le titre était purement symbolique, n'ayant pas de fief à transmettre, au bon prétexte qu'elle avait fait Vœu de chasteté, mais aussi de pauvreté...
Tous ceux qui ont pensé à Louis de Funès (Don Salluste), en haut de son armoire dans "La folie des grandeurs" avant de partir expier à la Punta del Sol ont gagné....

Pour ceux (plus sérieux) qui veulent voir ce blason, Google est votre ami....



L'évasion est aussi une piste qui fut souvent mentionnée...
Le château où était détenue Jeanne aurait été truffé de souterrains secrets (bien sûr).
A la veille de monter sur le bûcher, Cauchon, l'aurait fait s'enfuir par les souterrains (secrets, on vous dit !) et remplacer par une autre fille.
Volontaire sans doute ? Car elle n'a pas jugé bon de prévenir les autorités de la substitution....

Bon. Je dirais simplement comment serait-ce possible ? On n'a jamais retrouvé de souterrain (ben oui, ils sont secrets)... et la condamnée n'a jamais dit qu'elle n'était pas la bonne personne (normal, elle est volontaire)...

On sait que lors de sa capture par les Bourguignons à Compiègne le 23 mai 1430, elle tente de s'enfuir deux fois.
Mais ses deux tentatives échouent, et elle se blesse sérieusement lors d'une tentative, en sautant d'une fenêtre.
Assez bizarrement, à chaque fois, on ne la laisse pas fuir... On la conserve captive.... et on la condamne au bûcher.

Le cardinal de Winchester met tout en place pour qu'il ne subsiste pas le moindre reste de Jeanne qui puisse servir de relique.
Il a prévu trois crémations successives. Je vous invite à aller sur Wikipedia pour les détails morbides de cette triple crémation.
Mais il est un fait que les anglais veulent bien montrer que c'est bien Jeanne qui est exécutée et qu'il ne peut y avoir aucun doute sur la personne, en détruisant de même tout ce qui pourrait servir à un "culte" de sa personne.
Pour les anglais, l'évasion de Jeanne est le pire des cauchemars et ils ont pris toutes les précautions pour que cela ne se produise pas et que l'on sache qu'ils avaient mis un terme à ses agissements. Avertissement sans frais aux suivants qui auraient envie de suivre ses traces....
Pour confirmer la chose, il fallait des témoins irréfutables, qui ont consigné l'exécution inexorable de la sentence (Pierre Cusquel, Guillaume de la Chambre, les notaires Guillaume Manchon, Guillaume Colles, Nicolas Taquel, etc..).



Jeanne des Armoises

Usurpation d'identité en vue de commettre des escroqueries, ça va chercher dans les combien ?
Mais ce qui est marrant, c'est que c'est la plus connue, mais non la seule qui se prétendait être la véritable Jeanne...
Il y en eut plusieurs, de bien moindre notoriété, et Jeanne des Armoises est la seule dont le nom soit parvenu "facilement" à nous, tant sa renommée était grande.

Elle avait obtenu la caution des "frères" de Jeanne.
Mais étaient-ce bien ses frères ? Dans l'affirmative, ne "surfaient" ils pas, eux aussi, sur la vague de générosité à propos de Jeanne pour soutirer quelques espèces sonnantes et trébuchantes à la population crédule ?
Jean Dunois ne s'en privait pas et il est possible, dans un premier temps, qu'il ait vu une opportunité financière facile avec la nouvelle Jeanne, mais leur accointance fut de courte durée.

Revenons à Jeanne des Armoises. Déjà, son mari était un chevalier félon contraint à l'exil par son suzerain (qui lui avait retiré son titre de Seigneur de Tichemont)... et totalement ruiné (ses biens sont sous séquestre).

Lorsque son mari meurt, elle se rend à Orléans pour solliciter une aide financière. La Ville lui octroiera 210 livres, somme importante, pour l'époque.
Mais lorsque le roi arrive en ville, elle prend la poudre d'escampette, pour éviter de le rencontrer ...
Pourquoi donc ? Si elle veut se faire reconnaitre, il n'y a pas meilleure occasion ...

Il en va de même pour la vraie mère de Jeanne : elle l'évite, alors qu'une bonne jeune fille pieuse n'aurait comme seul objectif que d'aller la rassurer sur sa survie, non ?
Son arnaque est bien montée et elle a un aplomb extra-ordinaire (et sans doute une certaine ressemblance avec la véritable Jeanne) qui lui permet de duper les gens.
Très douée, elle répond aux questions par des approximations qui ne veulent rien dire tout en le disant.

Elle est si douée, et les gens sont tellement friands de "miracles" que son système fonctionne. A tel point qu'Orléans cesse de célébrer le service funèbre dédié à la mémoire de Jeanne d’Arc pendant trois ans !!!
Mieux : Jeanne des Armoises obtient de Gilles de Rais, vieux compagnons d'armes de Jeanne d'Arc, un commandement pour l'aider, militairement, dans le Poitou.
Mais il faut savoir qu'à cette époque, Gilles de Rais est devenu fou : il commet des actes pédophiles sur de jeunes enfants avant de les sacrifier lors de messes noires...
Ceci explique qu'il puisse ne pas la reconnaitre, mais surtout montre bien ce que Jeanne des Armoises est capable de cautionner pour arriver à ses fins.


Pour Jeanne des Armoises, elle fut démasquée après enquête de l'Université et du Parlement de Paris et admit publiquement l'imposture. Elle fut condamnée à la réclusion à perpétuité à son domicile.



OUF !!!

Et je vous fais grâce des drapeaux templiers et de tout le reste....
Je suis bien content d'être arrivé au bout de cet article....

Dès que l'on commence à creuser sur Jeanne d'Arc, on se rend compte qu'en marge de l'histoire officielle, qui est relativement simple, il y a des centaines de théories, toutes fantaisistes qui sont cristallisées sur sa personne.
Comment une seule personne arrive à faire autant échafauder de théories ?
Sans doute par son destin hors du commun, qui échappe à notre entendement logique.
Si vous regardez l'Histoire, vous trouverez des centaines d'histoires dont la plupart pourraient faire verdir les scénaristes hollywoodiens les plus retors.
Des destins particuliers et exceptionnels. Des individus hors normes, qui ont réalisé un rêve...
Alors, souvent, on bascule dans le merveilleux ou dans l'incrédulité.

Mais la réalité est tellement extra-ordinaire qu'on se croit tenu d'en rajouter encore alors que l'Histoire se suffit à elle-même.
Regardez Louis Zamperini, Eddy Chapman, Ian Fleming, Latude, Schulmeister, Jobs, Niven, et j'en passe et des meilleures.

La "vraie vie" produit des histoires tellement extra-ordinaires, que, lorsqu'on les voit en film, on se demande si le scénariste ne cherche pas à se moquer de nous...

Bon, vous pouvez écrire pour commenter, vous indigner ou quoi que ce soit d'autre, pourvu que vous participiez...









mercredi 10 juin 2015

Les légendes urbaines

Tout le monde a entendu parler de "légendes urbaines". Dames blanches (non, on ne parle pas de la crème glacée), apparition provoquées par 3 mention d'un nom à voix haute devant un miroir, distributeur automatique qui se renverse sur la personne qui tente de rentrer son bras dans l'appareil pour récupérer sa bouteille, etc...

Le choix est vaste.
Depuis quelques années, c'est un véritable phénomène sociologique, qui se répand en utilisant le plus ancien des réseaux sociaux, et le plus efficace : "le bouche à oreilles".


C'est quoi une légende urbaine ?

Tout simplement une histoire extra-ordinaire, inventée de A à Z, avec une luxe de détails, qui se propage de façon quasiment virale, et qui est racontée comme étant stupéfiante, mais vraie.

C'est une sorte de version moderne des contes et légendes d'antan.
En règle générale, la fin de l'histoire est un twist dramatique.

En fait, c'est la variante institutionnalisée de l'histoire d'horreur le soir, à la veillée au coin du feu quelle que décrite dans l'introduction du film "Fog" de John Carpenter, qui se raconte de jour, sans le décorum qui accroit l'intensité dramatique, mais qui la rend plus dangereuse, car plus plausible.


Vous voulez des exemples ?

Pour commencer une histoire tout simple, et qui a été utilisée par les scénaristes de NCIS au cours d'un épisode de la saison 1, avec un parachutiste nommé "lapin".

Un jeune garçon et une jeune fille sont dans une voiture, et flirtent sous les arbres d'une aire de stationnement qui domine la ville. Les lumières de la ville sont allumées et ils s'embrassent.
D'un coup, la jeune fille tressaille : elle entend un bruit, comme un raclement d'origine indéterminée. Ils regardent tous deux par les vitres du véhicule, devant, derrière, sur les coté...
Rien.
Ils reprennent leurs activités linguistiques et agréables, mais le bruit recommence. Bis repetitat. Rien. Et ainsi de suite pendant une heure.
Au bout d'une heure, folle de terreur, la jeune fille exige que son petit copain l'emmène ailleurs.
Les fins de l'histoire diffèrent, mais grosso modo, le lendemain, en plein jour, les deux jeunes gens retournent à l'endroit où ils étaient la veille, et ils trouvent, sur le parking, un cordon de police.
Un agent les renseigne : un amoureux rejeté s'est pendu de désespoir la veille au soir à une arbre.
L'histoire s'arrête là, mais tout le monde aura interprété que le fameux bruit qui indisposa la jeune fille était provoqué par le raclement des pieds du corps qui oscillait au bout de sa corde sur le toit du véhicule.

Jusque là, on a un bon scénario de film d'horreur. Le fait de prétendre que cette histoire est vraie et même de citer des noms ou des dates, etc... de façon à renforcer la crédibilité de l'histoire, en font ce qui est un légende urbaine.

La véracité des faits devient relative, et tout le monde pense à l'horreur de la situation...


Un autre exemple ?

Les doigts humains découverts dans une boite de sardine. Alors qu'en fait, de nos jours, tout le monde sait bien que si les consommateurs avaient ramené la boite à leur commerçant, on leur aurait donné une autre boite avec de vraies sardines dedans...

Blague à part, ce sont d'excellents scenarii de films d'horreur, ou fantastiques, mais qui peuvent masquer une réalité bien sordide.

Les jeunes gens sur leur parking auraient, dans la vraie vie (comme s'il en existait une fausse !!!), pu être de vraies victimes du tueur du Zodiaque.

Ou être une véritable horreur comme l'exorcisme de Anneliese Michel (Wikipedia est votre ami), une jeune allemande, qui se croyant possédée a fini par périr à cause des exorcismes à répétition pratiqués sur elle. Deux films se sont inspirés de cette bien triste histoire....

Encore un exemple typique de légende urbaine, celui de la jeune femme qui vit seule chez elle. On signale l'évasion d'un dangereux fou psychopathe d'un asile voisin. Elle fait donc coucher son berger allemand devant son lit.
Dans la nuit, un bruit la réveille. Dans l'obscurité, elle tend la main pour vérifier que son chien soit bien là, à monter la garde. Son chien lui lèche la main, ce qui la rassure, et elle se rendort...
Le lendemain, au réveil, elle se rend dans sa salle de bains et constate terrorisée que son chien est égorgé sur le carrelage.... Su le miroir une feuille jaune fluo adhésive, sur laquelle est griffoné un mot donne l'explication : " Les hommes aussi savent lécher....." 
Ta Tzamm (musique dramatique qui conclut la chute de l'histoire....).


Encore d'autres exemples ?

Bloody Mary (une suite de plusieurs films d'horreur) raconte comment une victime de meurtre horrible revient se venger des humains qui appellent son nom 3 fois à minuit devant un miroir de la salle de bains...

Il en existe une version japonaise appelée Hanako San (Wikipedia est votre ami).

Tant que l'histoire demeure un scénario, aucun problème, mais pour en accroitre l'horreur ou la portée, on la transforme en vérité.
Regardez le nombre de personnes qui ont hésité à se baigner en France, après la sortie des "Dents de la mer"....

Sans compter les escroqueries, comme Amityville.... Ou les squelettes de géants d'Arabie Saoudite, qui étaient en fait des trucages photos hyper réalistes pour un travail universitaire de fin d'études.
Nous reviendrons d'ailleurs dans de futurs articles sur quelques-uns de ces sujets....


Une histoire adaptable

Incontournable dans les légendes urbaines (Quel humour !!!), la Dame Blanche....
Je vous fais la version courte.

A l'origine, quiconque voyait la Dame Blanche mourrait immédiatement après sur la route, dans un accident fatal. La Dame Blanche faisait du stop, ou agitait les bras, sans doute pour prévenir les conducteurs d'un danger, mais... pas de chance, le simple fait de la voir était fatal...

Le seul problème dans ce cas, c'était que puisque tout le monde mourrait dans l'accident... comment pouvait-on savoir ce qui s'était passé ?

Aucun témoin, pas de traces, hormis un accident banal.... Comment l'histoire peut elle être connue du public ? Hé bien la légende s'est tout bonnement modifiée...

La Dame Blanche prévient d'un danger. Certains y échappent et d'autres pas... Donc la légende redevient plausible.

Et il en est de même pour toutes les autres légendes : elles sont protéiformes de façon à toujours pouvoir coller à une réalité fantastique....

Un peu comme le virus HIV qui mute pour résister aux anti-rétrovirus.... Une forme de défense directement inspirée de la nature, donc... Très efficace.


L'imagination humaine

Il va de soi qu'au bord de la route, on voit des choses plus ou moins fantastiques selon l'éclairage des phares, les conditions climatiques, etc....

Une publicité en a d'ailleurs fait son thème principal des dangers de la route, vaincus par son modèle de voiture, prouvant indirectement ainsi sa fiabilité et sa sécurité.
Il s'agit de la Citroën C4, équipée de projecteurs au Xénon (publicité de 2012), ce qui explique le thème de l'élimination des dangers de la nuit....

Si vous voulez tout savoir, "La Dame Blanche" est un opéra (non, ce n'est pas qu'une glace) composé par François Adrien Boieldieu en 1825. C'est un opéra comique en 3 actes (l'ironie jusqu'au bout) mettant en scène un fantôme (tiens donc) qui serait la fée Mélusine... mais je ne vous en dis pas plus... Wikipedia est votre ami...

Pour ceux qui ont lu Dracula de Bram Stocker, la Dame Blanche n'est autre que Lucy Westenra, chose qui est confirmée par les enfants qu'elle souhaite vampiriser.
Le thème n'est donc pas nouveau, mais si on la voit beaucoup, la nuit, au bord des routes, il y a peut être un explication toute simple...

Comme le montre la pub, notre imagination "voit" des formes dues à des perspectives.
L'esprit humain est ainsi fait qu'il cherche systématiquement quelque chose de connu dans la chaos qui l'entoure, sans doute par besoin de protection, pour se rassurer.
Mais le fait est qu'il n'y a strictement rien...

Comme dans toutes les légendes urbaines, tout se base sur de l'affect. Des sensations avec une recherche du morbide ou du merveilleux caractéristiques de l'esprit humain.
Nous sommes des humains, nous avons besoin de merveilleux.


Comment démêler le vrai du faux

Tout simplement, ne soyez pas crédules et vérifiez toutes les informations que l'on vous donne. Ne croyez pas les mails affirmant ceci ou cela qui "tournent" régulièrement.

Dernièrement, un mail conseillait de mettre du blanc d’œuf sur des brûlures. C'est totalement inconscient... Ne mettez rien, à part un filet d'eau froide pour calmer la douleur et prévenez les secours.
Au contraire de ce qui est indiqué, l'albumine risque d'aggraver la brûlure et les secours devront nettoyer la plaie avant de soigner... et nettoyer une plaie de grand brûlé le fait énormément souffrir.
Fiez-vous à votre bon sens, et à la logique....

Bref, comme toujours, soyez sceptique et prenez la précaution d'analyser ce que l'on vous dit, et surtout qui vous le dit et quel est le but recherché.

Rappelez vous toujours que le mot le plus important de la langue française (et des autres langues d'ailleurs) est "Pourquoi" ....

A méditer



N'hésitez pas à laisser un commentaire....




mardi 12 mai 2015

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Saint Suaire...

.... Sans jamais oser le demander... Ou le Saint Suaire enfin dévoilé...

Voila un sujet qui fait débat depuis de nombreuses années. Et qui cristallise pas mal de sujets qui nous tiennent à cœur, pour les expliquer.
Nos avons déjà parlé des biais qui font qu'on ne voit QUE ce qu'on veut veut voir, et nous avons aussi abordé d'autres thèmes qui vont nous aider à la compréhension de ce nouveau billet.
Cet artefact fait polémique, mais seulement depuis l'époque moderne. Mieux : il déchaine les passions par les implications que chacun veut bien y voir.
Chaque camp campe sur ses positions et conteste jusqu'à l'absurde les théories de l'autre camp.
Le fait que l'on soit croyant ou non ne change rien à l'affaire, car les faits sont les faits. Mais les implications sont fortes : si l'homme qui apparait sur la toile est le Christ, alors impossible de douter, et la religion Catholique devient, de fait, une réalité incontestable.
Si l'homme qui apparait sur la toile ne peut pas être identifié au Christ, cela change la valeur du Suaire en une simple, et géniale, mystification, mais cela ne remet en aucun cas en doute les croyances théologiques de chaque individu. Par contre, cette mystification révélée mine le discours de l'église Catholique et affaiblit sa puissance.
Les enjeux sont sont colossaux. Si l'église s'est trompée ou pire a abusé ses fidèles sur ce point, elle a pu le refaire sur d'autres points et c'est l'intégralité de son discours qui est remis en doute.
Et pourtant, il y a une réalité.


Les faits "connus"

Comme toujours, il convient de reprendre les faits et les replacer dans leur contexte. Ce n'est que après avoir remis les choses en perspective que l'on peut essayer de faire des théories explicatives.
Tout d'abord, nous allons laisser de coté les querelles partisanes et évacuer tout un tas de petits points de détail que chaque camp invoque régulièrement et qui ralentissent le débat et détournent du coeur du problème.
Premier point, le suaire est en réalité un linceul. Le suaire est une petite pièce de tissu que l'on pose sur le visage du défunt pour maintenir la bouche fermée, une sorte de serviette passant sous le menton et allant sur le sommet du crâne.
Le Saint Suaire est donc un Saint Linceul. Pour des raisons pratiques liées à la médiatisation du phénomène, nous continuerons à employer le terme Saint Suaire.
Second point, il existe d'autres linceuls (sans compter d'innombrables autres reliques), mais c'est incontestablement celui de Turin qui est le plus connu mondialement et c'est de celui là uniquement que nous allons parler.
Sans vouloir chipoter, il va de soi que seul un suaire (et un seul) peut être authentique. A priori, celui de Turin est considéré comme le seul authentique. C'est pour cela que nous ne parlerons que de celui là.
Troisième point, nous éviterons les assertions sans fondement. Sinon, tout est dans tout et réciproquement..... Par contre, si nous arrivons, avec des moyens très simples à reproduire un Suaire, on peut en conclure que la mystification est avérée.

Revenons donc sur l'histoire, et considérons que nous suivons les Evangiles.

Après sa mort sur la Croix (que ce soit en forme de T comme le disent les historiens ou sous forme de croix latine à 4 extrémités comme le veulent les croyants est secondaire), Jésus est inhumé.
La tradition juive à cette époque, est de placer le corps dans une "grotte" artificielle, creusée exprès pour l'inhumation : le Sépulcre.

Ensuite, Joseph d'Arimathie, un juif converti, qui avait fait creuser ce sépulcre pour lui, mais qui le met à disposition du Christ, procède à la toilette mortuaire avec Nicodème.

Autrement dit, il oint le corps avec des aromates (l'odeur des aromates dissimule les odeurs du corps en décomposition, qui sous ces latitudes se décompose très vite à cause de la chaleur).
Puis il l'enveloppe dans une étoffe de lin, le fameux linceul... et c'est à partir de ce moment là que les choses se corsent.

Mais continuons sur l'histoire biblique. Lorsque les femmes, disciples de Jésus vont au tombeau, elles constatent que la pierre qui obstruait l'entrée du Sépulcre est roulée sur le coté et que le corps a disparu, le linge s'étant affaissé comme si le corps à l'intérieur s'était "volatilisé".

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (19, 38-41) Traduction Louis Segond

Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus.

Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès.
Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs.

Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20, 2-8)

Le matin de Pâques, Marie Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis.»
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.

On voit donc toute l'importance de ce linceul. Il ne s'agit ni plus ni moins que de la possibilité de Résurrection et que donc la Vie triomphe de la Mort...


Premières complications

Dans la traduction ci-dessus, on parle d'envelopper le corps du Christ avec ... des bandes. Pas de linceul à l'horizon.
Par contre, on trouve bien le Suaire (plié à coté) et le Linceul, tombé sur place comme si le corps contenu était "évaporé".

Nous avons déjà parlé de l'importance des termes utilisés lors des traductions d'ouvrages anciens. Dans ce cas précis, les traductions sont de première importance.
Les 4 Evangiles (dits "Synoptiques") décrivent la même scène, mais pas avec les mêmes mots et donc pas avec les mêmes rituels.

La Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) parle de "bandelettes". La TOB présente la particularité d'être une traduction acceptée par tous les courants religieux d'où son nom œcuménique.
Ce qui signifie qu'à la traduction, le plus petit commun dénominateur de tous les courants de pensée (judaïque, orthodoxe, catholique, réformiste, etc...) Jésus est enveloppé dans des bandelettes.
La Bible de Jérusalem (à la traduction très fiable elle aussi) parle de "linges", ce qui pourrait correspondre à un linceul.

Or la tradition funéraire hébraïque à cette époque est héritée de la tradition égyptienne, mais n'a jamais fait appel à des bandelettes (les momies sont exclusivement égyptiennes).
On peut donc comprendre que le linceul est sans doute posé sur le corps, pour l'envelopper, puis maintenu en place avec des bandelettes nouées, probablement au niveau des pieds, de la taille et du cou.

De la même façon, aucune mention n'est faite de pièces posées sur les yeux du défunt. Cette tradition existait par contre chez les Grecs pour payer le passage du Styx sur la barque de Charon.
Charon était payé avec les pièces posées sur les yeux (ou une seule pièce sur un seul œil, ou encore parfois dans la bouche, sous la langue) pour transporter le corps du défunt sur l'autre rive du Styx (ou l'Acheron), un fleuve qui séparait le monde des morts de celui des vivants, au moyen d'une barque dont il était le seul pilote.
Certains ont clairement identifié sur le linceul l'image de pièces de monnaie datant de Ponce Pilate.

Autre point curieux : le sens du pliage du linceul. Pour des raisons pratiques, on poserait le corps sur un drap, puis on le ferait "rouler" pour l'envelopper. Dans le cas du Saint Suaire, le linceul est rabattu sur le corps, ce qui complique relativement la tâche des officiants.
Matthieu (27, 57-60) utilise les termes "envelopper" et "rouler", Marc (15, 42-46) utilise "enrouler" et "envelopper", de même que Luc (23, 50-54).
Jean (19, 38-42) quant à lui, utilise les termes "entourer", "lier".
Dans tous ces cas, lorsque vous imaginez la scène, vous voyez la chose suivante : le corps est posé sur une pièce de tissu, puis est roulé, entouré dans cette étoffe pour être finalement "enveloppé" dans une sorte de cocon, lié pour être maintenu en place sur le corps.

Or, le Suaire de Turin est un drap de lin rectangulaire de 4,36 m x 1,08 m, tissé en chevron. Le corps aurait été déposé sur le drap, puis l'autre partie rabattue pour recouvrir le corps, et aucun lien de serrage pour préserver la dépouille n'aurait été posé.
A l'époque de Jésus, ce type d'étoffe est courant. Google est votre ami.
Mais pourquoi le suaire aurait il été utilisé ainsi, en dépit des Ecritures et du simple bon sens ? Pourquoi n'a t il pas été ajusté sur le corps au moyen de bandelettes ou autres attaches ?
Il a simplement été posé à plat sur le corps, en dépit de toutes les traditions funéraires et de la logique humaine ?

De la même façon, la simple observation montre qu'il existe un simple intervalle d'environ 5 cm entre les deux sommet de crâne, celui du haut et celui du bas. D'où vient cet intervalle ?
Au moment du pliage du tissu, il ne pourrait y avoir de discontinuité.


Premières explications

Visiblement il y a déjà là de quoi douter. Mais partons du principe que nous allons vérifier chaque hypothèse.

Certains ont vu sur les photos su Suaire que des pièces de monnaie datant de l'Empereur romain Tibere avaient été posées sur les yeux.
Aucun des Evangiles synoptiques n'y fait allusion, mais en même temps on peut supposer que leur but n'est pas une description clinique des évènements.

La coutume juive (et donc antérieure au Nouveau Testament) veut que le fils aîné, ou l'un des proches, ferme les yeux du défunt. Pour des raisons rituelles (Google est votre ami), le défunt a vu la face de Dieu (la shekhina, la "gloire divine" présente parmi les hommes). Il ne doit donc plus pouvoir voir des choses inférieures, des choses de ce monde.
On lie ensuite les mâchoires du mort et ses pieds, on dépose le corps sur un sol couvert de paille, et on place un morceau de bois sous sa tête. On récite des prières de circonstances et on revêt le corps de lin blanc simple, sobre, et sans la moindre tache.

Je ne suis malheureusement pas un spécialiste du Judaïsme, et je ne connais que les grands principes de la coutume. Mais celle ci a traversé les siècles....

Notez toutefois qu'un lien est posé au niveau des pieds et qu'aucune pièce n'est mentionnée, ni pour maintenir les yeux fermés, ni pour toute autre raison rituelle.
Le seul autre vêtement qui sera posé sur le corps sera son talith (châle de prières), dont on aura coupé les franges.

La coutume des pièces sur les yeux n'existe pas, du moins pas dans le Judaisme, et jusqu'à preuve du contraire, Jésus était Juif et les premiers convertis aussi.
Les partisans de l'authenticité du Suaire ne sont d'ailleurs pas tous d'accord sur la réalité de la présence de ces fameuses pièces (des "dilepton lituus").
Elles sont apparues pour la première fois en 1954, "découvertes" par le Père Francis Filas, un jésuite numismate de Chicago.

Rien ne vient étayer de façon formelle (et surtout technique) cette thèse, et encore une fois, malgré tout ce qui a pu être écrit sur ce sujet, aucune tradition juive actuelle ou dans l'antiquité ne mentionne le dépôt de pièces sur les yeux d'un défunt.

Ce qui est encore plus flagrant, c'est ce fameux intervalle de 5 cm entre les sommets des deux crânes. L'explication la plus simple est encore fournie par l'actualité : en 2015, il y aura une ostention du Saint Suaire.

L'ostention consiste à exposer (en le suspendant à une traverse de bois) le Suaire, qui pend donc dans le sens vertical.
Nous avons donc là, l'explication des 5 cm d'écart, nécessaires au passage de la traverse de bois qui sert à faire l'ostentation et celui de la verticalité du pliage, ce qui permettait de "voir" le corps du Christ avec une mise en scène dramatique, debout face aux fidèles.

D'ores et déjà, nous pouvons nous douter que le Christ a certainement été enseveli, enveloppé d'un linceul, mais ce n'est sûrement pas celui qui est conservé à Turin.


Que nous dit l'Histoire ?

L'affaire du Suaire, qui, soit dit en passant est LA relique la plus étudiée de toute l'histoire, commence en 1898, de façon tout à fait banale, lorsqu'un photographe italien du nom de Secondo Pia prend un photographie du Suaire.
Avant cette date, on ne distingue sur cette étoffe que des ombres et quelques traces sombres, mais au développement, des détails invisibles à l’œil nu apparaissent.
les négatifs montrent en effet, la silhouette d’un homme nu, de face et de dos, ainsi que, clairement, son visage.

C'est une véritable bombe : et si ce visage était celui du Christ ??

Comment une telle chose est elle possible d'autant que les examens entrepris sur ces clichés montrent clairement que le corps révélé par les négatifs de la photographie portait tous les stigmates du martyre et de la crucifixion : flagellations, cicatrice abdominale (la lance de Longinius), marques d'épines autour du crâne ...  Une étude complète fut publiée à ce sujet par Pierre Barbet, un chirurgien parisien en 1950.

On peut se poser la question de savoir d'où ce suaire venait avant 1898. Les partisans de l'authenticité du Suaire évitent d'aborder le sujet historique, nous allons voir pourquoi.

Les premiers travaux historiques sur le suaire ont été faits par le chanoine Ulysse Chevalier (Google est votre ami), homme d'église et historien, spécialiste du moyen âge.
Le suaire qui est conservé à Turin apparait pour la première fois en France, à Lirey (en Champagne, près de Troyes) en 1357.

La création de l'église répond à un vœu de sire Geoffroy Ier de Charny, seigneur de Lirey, Savoisy et Monfort, qui construit cette église en remerciement à la Sainte trinité pour lui avoir permis de s'échapper des prisons anglaises.
A la création de l'église, le Trésor ne mentionne pas cette relique. Pourtant cette église est achevée en 1353, et Messire Geoffroy meurt au combat en 1356.

C'est sa veuve, Jeanne de Vergy, qui commence les ostentations du Suaire à partir de 1357. A partir de cette date, le Suaire entre dans l'Histoire.
Il s'agit avant tout d'une manœuvre financière (de nos jours, on dirait une escroquerie) pour obtenir des dons des pèlerins.

En 1360, l'Evèque de Troyes, Henri de Poitiers, légèrement intrigué par l'apparition subite d'une relique aussi sacrée demanda une enquête, et les enquêteurs découvrirent la fraude et surtout le faussaire : "il fut prouvé par l’artiste qui l’a peint, que c’était une œuvre due à la main de l’homme et non miraculeusement confectionnée ou octroyée".

La veuve du Chevalier et son complice, le doyen des chanoines jouèrent profil bas et dissimulèrent le suaire, pour éviter tout ennui avec la Justice.

En effet des "miracles" avaient lieu lors des ostentations. Après enquête, les miraculés étaient des complices de l'escroquerie.

En 1389, le fils du fondateur de l'église, Geoffroy II, remit le couvert et alla voir l'anti-pape d'Avignon pour pouvoir exposer à nouveau son suaire.
Abusé, le pape Clement VII lui accorda un indult pour l'exposition du suaire .... et les ostensions reprirent.

Mais l'Evèque Pierre d'Arcys, au courant de la fraude et de la manœuvre sortit la grosse artillerie : il interdit au doyen de l'église d'exhiber le suaire sous peine d'excommunication.
Mais le doyen en référa au Pape qui confirma son indult, sans prendre parti sur l’authenticité du suaire, et menaça l'Evèque de sanctions s'il persistait sur la voie de l'interdiction.

L'Evèque informa donc le roi de France, Charles VI qui tenta de récupérer le suaire, mais se heurta à une résistance déterminée à ne rien rendre. Il fit donc un rapport expliquant la fraude, avec le témoignage de l'artiste qui avait réalisé le faux.

La réponse du Pape fut surprenante : elle prenait acte que le suaire était un faux, parfaitement réalisé par un artiste, mais continuait à autoriser (encourageait ?) les ostentations.
Cette réponse ambiguë s'explique par le fait que le trafic de reliques générait un fort afflux financier.
Le Pape ne voulait pas priver de cette manne financière... sa tante car Jeanne de Vergy avait épousé en secondes noces Aymon de Genève qui était l'oncle du Pape...

Ce fut l'antipape Clément VII qui en institua le culte pour des motifs peu avouables.

Le suaire fut acheté (hé oui, acheté) en 1457 par la famille du Duc de Savoie. En 1532, à Chambéry en 1532 un incendie lui occasionne des trous de brûlure que l'on voit distinctement sur toutes les photos du Suaire.
Des sœurs Clarisses feront la fameuse restauration qui fit couler tant d'encre.
Finalement, il arrive à Turin en 1578.
Elle appartenait donc aux héritiers du Duc de Savoie, et fut léguée en 1983, par le Roi Humbert II d'Italie (qui n'a régné que 35 jours, avant la proclamation de la République d'Italie et a été exilé) au Saint Siège.


Comment réaliser un faux suaire ?

Si nous respectons la logique, avec la démonstration que l'on peut faire de toutes pièces, une "suaire" présentant les mêmes caractéristiques que l'original, et en n'utilisant QUE les techniques connues à cette époque, on peut valider l'hypothèse de la supercherie.

L'idée communément répandue est que pour produire un effet pareil, il faut avoir une technologie très avancée ou être un génie incomparable (L'ombre de Léornardo da Vinci ne devrait pas tarder à pointer le bout de son nez).

Rien n'est plus faux. Vous pouvez vous fabriquer chez vous votre propre suaire, très simplement, en ayant toutes les caractéristiques de l'original.

Je ne vais pas vous infliger toute les méthodes, mais sachez que avec de l'eau, de la gélatine et de l'oxyde de fer (de la rouille), un artiste peut vous faire un duplicata parfait.
C'est la méthode du Dr McCrone dont nous reparlerons plus tard.

Le Professeur Randall R. Bresee a lui aussi sa méthode, relativement similaire, ainsi que Joe Nickell, et surtout, le Professeur Henri Broch, Directeur du laboratoire de Zététique de l'Université de Sophia Antipolis.
Chacun d'eux est en mesure de produire un suaire présentant toutes les caractéristiques de l'original à l'exception du tissu, qui lui est réellement historique, comme nous allons le voir.
Cherchez sur YouTube, et vous verrez le Professeur Broch expliquer comme faire soi même son propre suaire, en vidéo.

De fait, il y a une anomalie troublante qui corrobore de façon presque "automatique" la théorie du faux, et de la réalisation suivant des méthodes décrites ci-dessus.

C'est que le Suaire est le négatif d'un... négatif, mais d'un négatif qui ne serait pas photographique. Comme s'il n'y avait jamais eu de positif.
C'est bien ce que montre la fameuse photographie prise par Secondo Pia dont le négatif montre un positif...

Si on admettait que le Suaire soit vrai, cela impliquerait que l'homme contenu dans le linge aurait eu la barbe blanche... chose qui n'aurait pas manqué d'être chroniquée pour cause d'exceptionnalité.

Par contre, si on applique le principe de la coloration sur un bas relief... Miracle (si j'ose dire), nous avons bien la même conformité du négatif non négatif photographique.

Nous commençons à avoir pas mal d'éléments qui tendent à prouver que le Suaire de Turin est un faux très bien réalisé, mais un faux patent.


Pour trancher la question

En 1977, pour tenter de sortir de la querelle pros/antis, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a été constituée, créant ainsi le Shroud of Turin Research Project (STURP).

Outre la numismatique déjà évoquée ci-dessus, on aurait relevé différents pollens du moyen orient, typiques de Jérusalem, etc....
On parle de radiations, de plasma, d'émission de neutrons pour justifier les traces relevées sur le suaire, bref on patauge.


Pas de sang

Un des membres du STURP (où ont ils été chercher un nom pareil ? C'est vrai que une fois traduit l'acronyme est "spécial"), le Dr McCrone préleva des granules de "sang" pour les analyser.

Les résultats furent édifiants : de l'oxyde de fer. En fait, c'était la base d'un colorant rouge constituant le "sang" qui avait servi à confectionner le suaire.

Badigeonné sur un bas relief bien exécuté par un artiste doué et revêtu du tissu de lin, il constituait l'image que l'on pouvait exhiber à chaque ostentation.

McCrone rendit son verdict : le "sang" était constitué d'oxyde de fer mélangé à un collagène animal (os (moelle), peau d'un animal broyés et mélangés, ce qui peut expliquer la présence de diverses composantes organiques) pour servir de liant, et le rendre "gélifié".
Il ne restait plus qu'à le passer sur le bas relief....

Les autres membres du STURP, convaincus de la véracité du Suaire, firent pression sur lui et il démissionna pour ne pas se démentir. Un révérend anglican le soutint, mais il fut le seul.


Le Carbone 14

Restait la datation au Carbone 14. Ce qui fut fait 2 fois : une première fois en 1973 et une seconde fois avec des appareils plus performants en 1988. La conclusion fut sans appel et corrobora l'ensemble des autres observations : le tissu datait du moyen-âge avec 95% de chances d'une date comprise entre 1260 et 1390.

Oui, mais objectèrent les partisans du linge original, que sait on de ce qui se passe dans un cas pareil ? Au moment de la Résurrection que se passe t il ?  L'objection est valable...mais ne s'applique pas à ce cas... puisque nous avons d'autres explications.


L'imagerie 3D

Des acharnés firent alors un masque en 3D des points qu'ils avaient repérés sur un canevas informatique et l'on voit bien apparaitre le visage de Jésus tel que nous nous le représentons dans notre iconographie (nous en reparlerons en fin de chapitre).

Le seul inconvénient, c'est que l'image est plane, alors que si elle avait épousé la forme d'un corps, elle aurait dû être déformée. Encore une fois, la théorie du bas relief se confirme.
Les acharnés ont imaginé que le "rayonnement" l'avait projeté à plat sur le tissu. Oui, mais comment ? Ils n'en ont strictement aucune idée... Mais si on accepte le bas-relief, tout prend un sens.

Quoi qu'il en soit, même les partisans de l'authenticité, reconnaissent que la forme du contenu du suaire n'est pas en volume, mais "à plat".


Des clous !

Une autre objection concerne la méthode de crucifixion. D'après l'iconographie courante, les mains de Jésus auraient été clouées sur la croix.

Or les romains avaient plutôt pour habitude de lier les poignets des condamnés au montant horizontal, pour éviter un supplément de barbarie sans doute.
Mais il est aussi arrivé que les mains des condamnés soient réellement clouées sur le patibulum. C'est techniquement possible.

Il est d'ailleurs à noter que les condamnés à la crucifixion ne devaient pas porter la croix, mais uniquement la partie horizontale de celle-ci (le "patibulum" qui a donné naissance au mot "patibulaire")et que la partie verticale ("stipes" ou "stauros" en grec, qui attendait, plantée à demeure) n'était pas de grande hauteur (pour des raisons purement pratiques).
Il ne faut pas oublier que le bois était rare à Jérusalem à cette époque et les romains allaient en chercher à 16 kilomètres (environ) pour construire leurs engins de siège, comme le décrit l'historien Juif Josèphe (Google est votre ami).

Jésus n'étant pour les romains qu'un condamné de droit commun, il n'avait pas spécialement de traitement particulier, mais on peut admettre qu'ils lui aient réservé une torture supplémentaire.
Revenons en aux clous. Le premier a avoir fait remarquer qu'une crucifixion était impossible avec des clous plantés dans la paume des mains était le docteur Barbet, en 1950.

D'après lui, la crucifixion par les paumes de mains clouées est impossible, et les clous auraient dû être plantés au niveau du poignet. Il base sa théorie là dessus.

Selon sa version, pour une crucifixion "efficace", les clous devraient être plantés dans l'espace de Destot (Gooogle est toujours votre ami). Sur le suaire, toujours selon lui, on les voit dans cet espace là, et aucun faussaire n'aurait pensé à ce détail anatomique.
Pour lui, cette constatation confirme l'authenticité du suaire...

Or les romains savaient parfaitement crucifier : 6000 révoltés crucifiés après la révolte de Spartacus. Des centaines de crucifiés sous Néron qui les faisait badigeonner de résines pour en faire des torches humaines à la nuit.

D'ailleurs pour prolonger la souffrance (j'allais dire le plaisir, mais c'eut été de fort mauvais goût), ils avaient inventé le "sedile", une sorte de siège qui soutenait le corps du condamné et retardaient le moment de l'étouffement.

Car les condamnés meurent par asphyxie sur la croix, et le fait de leur casser les jambes n'était pas une cruauté, mais servait à abréger leurs souffrances.
De même l'éponge imbibée de vinaigre était un geste de bonté : les vapeurs de vinaigre inhalées anesthésiaient le condamné et rafraichissaient le visage du mourant.

Les romains pouvaient donc crucifier avec des clous et les planter dans la paume des mains, exactement dans l'espace de Destot.
Sauf que.... Vous vous souvenez que le Suaire a été gravement endommagé par un incendie ?
Hé bien des Clarisses de Chambéry ont "raccommodé" le Suaire en 1534, en y insérant des pièces de tissu rapportées.
Lisons ce qu'elles écrivent : "Les ouvertures des clous sont au milieu des mains longues et belles". Au milieu des mains et non au niveau du poignet.

Exit la théorie de Barbet : il avait raison, personne n'aurait pensé à mettre les clous au niveau des poignets.


Des proportions bizarres

Pire : les proportions ne sont pas respectées. Les deux bras ne sont pas de la même longueur et l'un des bras est trop long.

L'aspect esthétique et dramatique a été privilégié mais les proportions humaines en ont souffert. Vérifiez par vous mêmes sur une photographie et avec un compas.

Mieux, les longueurs des doigts sont démesurées, ce qu'avaient déjà noté nos gentilles Clarisses.
Bref, les proportions humaines n'y sont pas.
Lisez certains calculs de partisans acharnés de l'authenticité du Suaire : ils se donnent un mal de chien, alors que les proportions humaines ont été mises de coté pour faire un dessin des plus dramatiques et très réussi...


Les pollens

En 1973, un criminologue suisse, Max Frei, relance la polémique. Il aurait découvert sur le Suaire des pollens typiques du Moyen-Orient.
Sauf que cela ne prouve rien : la contamination a pu se faire au cours du temps. Le tissu n'a jamais été protégé.

De plus, il aurait fallu pouvoir comparer l'ADN d'un pollen et l'ADN des arbres poussant au Golgotha pour pouvoir en tirer une conclusion.

Sinon, tout ce que l'on peut annoncer, c'est qu'au voisinage du Suaire, il y a eu telle ou telle espèce d'arbre, mais les pollens peuvent être transportés par des dizaines de vecteurs.

Même les sindologues les plus convaincus du STURP n'ont pas donné suite à cette idée...


Conformité avec la Passion

La similitude avec les Evangiles est troublante... ben oui, de fait : puisque le bas relief et le Suaire ont été bâtis de toutes pièces, conformément aux Evangiles, et à l'iconographie courante, tout doit correspondre.

Ce n'est pas le Suaire qui est conforme aux Evangiles, ce sont les Evangiles et la tradition qui ont engendré le Suaire... Tout simplement.

Rassurez vous, tout y sera : la couronne d'épines, les flagellations. Tous les détails qui peuvent confirmer que c'est le vrai et l'unique seront bien entendu présents.

D'ailleurs d'aucuns parlent des 4 doigts représentés sur la toile, et qui y voient une preuve du clouage de la main du Christ.

Si cela avait été le cas, le nerf médian aurait été endommagé et il aurait été impossible à la victime de replier son pouce. Il y a donc incompatibilité. Encore un argument qui tombe...


Que faut il en conclure ?

Tout simplement que le Suaire de Turin est un faux, mais qu'il a participé à une magnifique opération de manipulation qui a traversé les siècles pour se poursuivre encore de nos jours.
L'artiste qui a "créé" cette oeuvre n'aurait jamais imaginé que, des siècles après sa mort, son oeuvre continuerait à mystifier les foules et à lui rendre un tribut à jamais inégalé....
Quoi qu'il en soit, le véritable Saint Suaire est ailleurs... comme la Vérité...

Cela ne confirme ni n'infirme rien. Chacun peut continuer à croire ce qu'il veut, car même si le Suaire de Turin est un faux, il n'empêche pas de croire aux Evangiles.... ni d'en douter....
A chacun son opinion, mais n'empêche que cette Oeuvre n'a pas fini de faire parler d'elle....










mardi 7 avril 2015

La légende du Trésor de l'Eldorado

Tout le monde connait des expressions avec le mot "Eldorado". Par exemple, la Californie est le nouvel Eldorado des firmes informatiques. Le FOREX, nouvel Eldorado des escrocs...
L'Eldorado serait une cité entièrement réalisée en or.

Ne riez pas, l'oncle Picsou y est allé (si c'est pas une référence, ça ? ;-) ), et les rues sont pavées en or. Les dessins sont du génialissime Carl Barks et c'est désormais devenu un classique.
Oncle Piscou et Donald y retourneront sous la plume de Don Rosa.

Bien que ces histoires soient dessinées pour des enfants, la culture de ces deux hommes est époustouflante et ils mélangent avec brio, réalité et fiction pour produire des œuvres uniques et inoubliables.
Ceci étant, revenons à nos moutons, nous parlions de la contrée de l'Eldorado. Est-ce une contrée, une ville ou un homme ?

De fait, qu'en est il de la réalité ? Faisons le point sur cette légende qui a fait courir des milliers d'aventuriers rêvant de richesses infinies.


Un peu d'histoire

Vous connaissez le principe : avant toute chose, on fait le point et on cherche où se situe la racine de la légende. Ensuite, nous verrons exactement de quoi il retourne.

Au départ, toute l'histoire repose sur une erreur. Marco Polo serait allé en Birmanie et aurait vu des pagodes avec des toits dorés qu'il a naturellement appelées les "pagodes aux toits d'or" dans ses récits.
Lorsque Christophe Colomb trouve le Honduras (et pas exactement les Amériques) il croit être arrivé aux Indes, mais en faisant le tour de l'autre coté de la terre.
Les conquistadores partent donc chercher cette "ville en or", située en Inde (pour eux), abusés par l'erreur de Colomb.

Mais il existe un curieux rite chez les indiens Chibcha (en Colombie) : chaque année (d'autres sources disent une seule fois, au moment de son intronisation), leur chef, revêtu de poudre d'or allait s'immerger dans un lac, dans lequel les habitants jetaient un objet en or ou un bien précieux, en guise d'offrande. Etymologiquement El Dorado = Le Doré....
Un peu comme le doge de Venise fallait alliance avec la lagune en jetant annuellement un anneau d'or dedans...

D'où l'explication de l'homme en or (Hé oui, il y a des hommes en or, à part moi) et de la contrée en or. Cette légende serait à l'origine du mythe de l'Eldorado homme ou contrée.
En effet, la découverte de l'Amérique date de 1492. Les conquistadores cherchent déjà l'Eldorado mais ne trouvent les Chibchas qu'en 1536.
La légende ne peut pas être antérieure à 1536... et les Conquistadores cherchaient bien des cités aux toits d'or, qu'ils pensaient être en inde, ce qui explique leur pénétration dans le pays, car ils pensaient que tôt ou tard, ils arriveraient à ces fameuses cités, mais ils ne trouvèrent que l'Océan Pacifique.
Ce qui est déjà pas mal, il faut bien l'avouer...

Juste a titre d'information, une homme recouvert de poudre d'or, au point d'en faire une sorte de peinture, meurt en quelques minutes.
La respiration n'est pas seulement pulmonaire, mais aussi cutanée. La poudre d'or isole la peau de l'air (pores bouchées sur la totalité du corps) et la personne s'asphyxie très rapidement.
Leur village devait être près du lac et les villageois devaient donc faire attention (si cette légende est vraie) s'ils voulaient garder leur chef plusieurs années consécutives...
D'ailleurs si vous regardez les premières minutes de "Goldfinger", 3eme opus de la série James Bond avec l'irremplaçable Sean Connery, vous verrez une jeune fille assassinée à la peinture d'or pour avoir cédé aux avances de James Bond.
Morte par asphyxie.

Pour en revenir à notre Eldorado, les chroniques d'un missionnaire dominicain, Gaspard de Carvajal, ont grandement contribué à l'élaboration du Mythe. C'est d'ailleurs à partir de ses chroniques que le scénario de "Aguirre ou la colère de Dieu" fût réalisé.

Il nous faut aussi citer un franciscain, Marcos de Niza, qui prétendit avoir trouvé en 1539 (soit 3 ans après la découverte des Chibchas), 7 mystérieuses cités d'or.
La principale serait Cibola (découverte par l'oncle Picsou) et ce nom est devenu une référence et a cristallisé l'image de l'Eldorado.
C'est à partir de son récit que s'ancre définitivement le mythe, et de nos jours encore, certaines personnes continuent à chercher l'Eldorado

Encore une fois, il s'agit d'une "quête" de l'Eldorado. On peut se demander si, au delà de la richesse, cette quête n'est pas (tout simplement) celle du rêve....
Car historiquement parlant... rien ne permet de conclure à l'existence d'une telle cité.


Pourquoi toujours l'or ?

C'est une bonne question. mais on peut remarquer une prédominance du jaune chez les amérindiens. Ils adorent le soleil, ils cultivent le maïs (mais si, regardez aussi Pocahontas), ils ont de l'or... et des pommes de terre.
L'or fait fantasmer les humains. On peut parler de sa rareté, de ses propriétés physiques (ductilité, malléabilité, étirement, ...), mais c'est un métal mou qui sert très peu, à part pour confectionner des bijoux pour lesquels ses qualités mécaniques le rendent irremplaçable.
On utilise surtout des feuilles d'or en jouant sur ses propriétés physiques pour l'étirer jusqu'à ce qu'il devienne transparent. Il est ainsi utilisé pour recouvrir les visières des cosmonautes et préserver leurs yeux.
Il est tolérable (en petites quantités) par un estomac humain (oui, on peut manger du métal), et sur certains desserts au chocolat, vous avec une touche de feuille d'or appliquée au pinceau. La classe...
Il a une grande valeur due à sa rareté, et constitue les réserves économiques des pays (je ne vais pas vous infliger un cours sur l'étalon or, ni sur sa parité ancienne avec le dollar, rassurez vous).
D'autres métaux sont plus rares, et donc théoriquement plus précieux et d'autres produits de synthèse peuvent remplacer, et pour moins cher, l'or.

Alors d'où vient cette fascination ?

C'est dans la psyché humaine qu'il faut chercher cette racine. L'or ne fascine pas en lui même, mais plutôt par l'image ou les images qu'il renvoie.
Tout d'abord, c'est certes, la richesse, mais avant tout l'aventure, le plaisir de la découverte, le fantasme.
La richesse s'obtient par le travail (ou le vol, mais c'est une autre histoire et c'est pas glop, pas glop). mais elle est moins porteuse de fantasme que la Découverte de l'Eldorado.
Nous avons la même fascination pour le fameux "cimetière des éléphants" regorgeant d'ivoire, avec le même fantasme à la clé.

Je ne vous parle pas des mines du roi Salomon, qui sont elles aussi, toujours inconnues à ce jour, bien qu'un certain Allan Quatermain.....
Si certains d'entre vous le souhaitent, on peut aussi évoquer le Trésor des Templier, ou celui des Cathares, ou celui de Cartouche, le fameux brigand....

La richesse (en imagination) de ces fables est infinie. Mais toutes comportent les mêmes éléments.
Vous voulez un contre exemple ? Relisez les aventures de Ali Baba. Là encore, un Trésor est à la clé, mais c'est une histoire merveilleuse. On part à la recherche de l'Eldorado, mais pas à la recherche du trésor d'Ali Baba....
Dans le cas d'Ali Baba, on sait que c'est un conte pour enfants. Dans les autres cas, on veut tellement y croire, que....

Dans tous ces cas là, nous avons affaire au même schéma qui est aussi celui qui pousse les gens à jouer à la loterie : l'enrichissement immédiat, et la possibilité de vivre une vie de rêve.
De rêve ? On peut se poser la question, mais sans souci financier, c'est déjà plus sûr.

Le fantasme réel est celui du Trésor. L'ivresse de la découverte... trouver soi-même ce que tant d'autres ont cherché sans succès.

Le cinéma nous montre des quêtes : Indiana Jones, benjamin Gates pour ne citer que les plus "mainstream". La vraie motivation part de la soif de l'or, mais il y a tant d'autres façons de gagner de l'argent et souvent à moindre effort et surtout à moindre risque...
De fait, l'Eldorado est plus un fantasme auquel on VEUT croire, qu'une réalité.



On va ressortir ce bon vieux Maslow

Oui, et sa pyramide des besoins. ce dont l'Homme a besoin avant tout, c'est de reconnaissance.

Vivre une aventure, ou plutôt, devrais-je dire, une quête, telle que la découverte de l'Eldorado, c'est assumer la part de rêve de l'enfant qui est en chacun de nous, mais c'est surtout et avant toute autre chose satisfaire le besoin de reconnaissance, qui est l'un des derniers niveaux de la fameuse pyramide.
Il peut sans doute permettre aussi de satisfaire le dernier, le besoin d'éternité, en tant que découvreur (oui, je sais, on dit inventeur, ce n'est pas pour rien) d'un Trésor Fabuleux.
Ce n'est pas pour rien, que les alchimistes cherchaient à transmuter le plomb en or. C'est aussi une allégorie qui permet de passer d'un métal vil (courant, commun) à un métal noble (purifié et rare).
C'est une initiation symbolique qui permet à l'individu de devenir une "belle âme".

Que ce soit par l'explication économique ou alchimique ou encore par sa simple humanité et son besoin éperdu de reconnaissance (mis en évidence par Maslow), l'Homme a besoin de ce rêve de l'Eldorado.
Sa quête devient finalement une quête alchimique, où les épreuves subies vont le purifier et où seuls ceux qui en sont dignes trouveront la fabuleuse cité.
Ca ne vous interpelle pas quelque part, ça ? C'est le processus initiatique que l'on retrouve depuis l'antiquité.

Pour les esprits forts qui douteraient de la puissance du besoin de reconnaissance et qui ont un petit sourire en coin, rappelez vous que tout bon manipulateur va jouer sur votre besoin de reconnaissance pour vous faire agir.
C'est une des règles de base de la manipulation des individus. Et c'est un des ressorts les plus puissants de l'action humaine.

Un jour, à l'occasion d'un prochain billet, nous reparlerons des techniques de manipulations, et vous verrez que Maslow et son besoin de reconnaissance arrivent en tête des leviers que l'on actionne pour "manipuler" les individus.
Un exemple ?
Allez acheter une voiture de luxe et demandez le prix du super coupé sport. Il vous le dira, mais il ajoutera toujours une petite phrase assassine (quand on y pense bien) du style " mais personne ne vous regardera de la même façon au volant de ce bijou". Ou diverses variations sur le même thème : "ce n'est pas la voiture de n'importe qui...".
Allez y, faites l'expérience, et vous verrez.

Rappelez vous toujours qu'une personne expérimentée fera appel à votre besoin de reconnaissance, vous vendra du rêve, et que c'est ce même  mécanisme qui vous poussera à croire à l'existence de l'Eldorado.



Donc y'à pas d'or ?

Mais si, il y en a. Des tonnes, même. Mais pas dans l'Eldorado.

Les gisements miniers locaux produisent de l'or et de l'argent en grandes quantités. Ce n'est pas sans raison que l'Espagne envoie des galions (des bateaux ventrus pour ramener en Espagne le plus possible de richesses, mais mal conçus pour la navigation maritime, ce qui explique ne nombre de naufrages et le nombre d'attaques pirates et corsaires) ramener d'immenses richesses de ces terres lointaines.
Encore une fois, l'histoire vient à notre secours (je vous invite à lire la Chasse au Trésor menée par le Commandant Cousteau qui chercha (en vain) l'épave de la "Nuestra Senora de la Concepcion") et nous allons voir que le trésor des Incas n'est pas une légende.

Attention, le terme Inca désigne à la fois le peuple du royaume Inca, mais désigne aussi le souverain. C'est un titre, comme roi ou empereur.

Lorsque l'Inca Huayna Capac meurt, il désigne un de ses fils comme successeur. Or celui meurt d'une maladie contagieuse : la variole.
Deux prétendants (et demi-frères) vont s'affronter pour sa succession et pouvoir monter sur le trône pour régner sur l'empire Inca.

Huascar monte le premier sur le trône, mais sa légitimité est mise en cause par Atahualpa. Leurs partisans s'affrontent et c'est Ataphualpa qui gagne le conflit et monte sur le trône, comme Inca.
Or, les Conquistadores sont là. Ils sont précédés d'une légende (nous en reparlerons) qui décrit des Dieux, barbus (les incas sont glabres), terrifiants (ils ont des chevaux, animal inconnu chez les incas), et brillants (leurs casques et leurs armures les font "briller").
Les Conquistadores décident d'attirer l'Inca dans un piège pour le capturer et mettre un "homme de paille", à leurs ordres sur le trône.

Ils provoquent une réunion pacifique, sans armes, mais rompent la trêve sous un prétexte futile, et capturent l'Inca et massacrent sa suite (20 000 hommes) tous désarmés.
Or Atahualpa commet l'erreur de proposer une rançon en échange de sa liberté.

Dans un premier temps, les espagnols acceptent, et l'Inca leur fait livrer (suivant la légende) 12 tonnes (oui, vous avez bien lu : 12 tonnes... mieux que le Loto, hein ?) d'or et d'argent, en échange de sa liberté.
Mais les espagnols se ravisent : si un homme est capable de faire livrer 12 tonnes d'or sur une simple demande, sa puissance est extraordinaire, et son peuple, totalement dévoué à sa cause et à ses ordres.
Dans ces conditions, si un tel homme décide de reprendre la lutte, ce ne sont pas quelques poignées de Conquistadores qui pourront leur résister...

Ils font donc exécuter l'Inca (qui rappelons-le s'est livré en paix et sans armes) et mettent sur le trône un fantoche qu'ils manipulent.
Le fantoche n'est pas si fantoche que cela puisqu'il se révolte contre ses marionnettistes, mais il n'a aucune légitimité et les divisons internes, les erreurs Inca passées (tous les massacres fratricides et l'exécution de l'élite Inca dans le piège Espagnol) font que la révolte est réprimée, une fois de plus dans le sang....



Que faut il en retenir ?

Tout simplement que le besoin d'appartenance de l'Homme est un des leviers principaux qui le font agir.
C'est ce levier que vont actionner les manipulateurs de tous poils. L'Homme est un animal grégaire : il a besoin de ses semblables pour vivre.
La légende de l'Eldorado fait rêver. En premier lieu par la richesse, mais surtout par la puissance d'évocation qu'elle représente.
Reprenez toute l'histoire de l'Eldorado, vous y verrez que le besoin d'aventure ou de raconter une belle histoire prime sur l'or lui-même.
Car la quête principale de l'Homme n'est pas l'or, ni la richesse. C'est le rêve.
L'or en lui même n'est qu'un instrument (sauf pour l'oncle Picsou) qui permet d'assouvir le rêve.
Et ce type de rêve donne les plus belles légendes.
Celle de l'Eldorado en fait partie.




A vous de vous exprimer et de commenter ce billet.