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samedi 24 décembre 2016

CQQCOQP

Mouarf ! On en apprend des choses sur ce blog ! ;-)

Au delà de la blague un rien scato du titre, nous allons voir que cette formule mnémotechnique fait partie des principaux outils de management et qu'elle est beaucoup plus importante que ce que son acronyme peut laisser penser.

Au delà du fait qu'elle paraisse on ne peut plus simpliste, voire naïve, sa maitrise ouvre des perspectives énormes car elle permet de faire des analyses, de résoudre des problèmes, voire de faire des dissertations.


Un peu d'histoire

En fait, cette méthode apparait en Grèce antique. On ne sait pas trop qui est l'auteur, mais on peut supposer que c'est la formalisation d'une réflexion globale, un peu comme le CASI (Contribution Anonyme Sur Internet) de l'époque moderne.

La phrase originale est : « Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando » et la réponse apportée à ces questions permet de "faire le tour" du problème.

En langue de Molière, si on suit la phrase magique, on a : Combien, Qui, Quand, Comment, Où, Quoi, Pourquoi.

Par contre, ce n'est pas une méthode miracle, c'est un système de questionnement qui vous invite à "sortir du cadre" et demande à ne pas se contenter du pré-formatté.

Par exemple, le mot le plus important de cette méthode est Pourquoi.

Mais il peut s'entendre (Voir l'article sur le VAKOG) de 2 façons différentes. Pourquoi faisons nous ceci ou cela, peut être interprété....
Autrement dit au sens premier, quelles raisons avons-nous d'agir, ou bien dans un second temps pour quoi faisons nous ceci ou cela, mais pris dans le sens de "pour quelle raison", quel est notre objectif...

Cette méthode s'interface bien avec la méthode CRIFER (que personnellement j'appelle COIFER)qui se base de la même façon sur les "Enjeux" et "Ce qui est en jeu".....
Nous reviendrons prochainement sur le pouvoir évocateur des jeu de mots et même sur le jeu de marelle...

Mais revenons à nos moutons, et faisons le point sur chacune des questions.


Les questions

Prenez toujours les questions au sens large et laissez votre imagination prendre le pouvoir. Pour une fois, triturez la question au lieu que ce soit elle qui vous triture.

N'hésitez pas à "délirer", cela peut vous ouvrir des perspectives dont vous n'aviez même pas conscience. Sortez des sentiers battus, et "sortez du cadre", c'est le plus productif.

Rappelez vous aussi que toutes ces questions ont deux aspects. Par exemple, pour "Qui ?", on peut se demander qui agit ou qui subit.

Mais encore une fois, ayez bien en tête le Pourquoi. "Pourquoi" on se pose toutes ces questions ou "pour quoi" on se les pose....

Maintenant, voyons-les plus en détail ces fameuses questions....

Combien

On introduit une notion de quantité. Pas seulement monétaire (de pognon pour les mal-comprenants) mais qui recouvre tout ce qui peut être quantifié (et qui a un rapport avec le Schmilblick).
On cherche à quantifier les choses : un effectif, un délai, une somme, bref, un inventaire réel des moyens nécessaires pour atteindre l'objectif.
Le "Combien ?" doit rester réaliste et tenir compte de vos contraintes.

Qui

Nous en avons déjà parlé. Qui agit ou qui subit. Mais aussi qui est impacté, quelles sont les caractéristiques de qui, qui peut il être constitué de plusieurs groupes distincts et si oui, lesquels.
Le but du jeu, à ce niveau est de sortir de la réflexion standard et d'essayer de voir la totalité de ceux qui sont impactés par votre objectif. Ce n'est pas forcément nominatif, mais peut "cibler" un groupe particulier de personnes. 
Bref vous faites l'inventaire des moyens humains et financiers et vous établissez le rapport entre le nécessaire pour atteindre l'objectif et ce dont vous disposez au moment de l'étude.

Quand

La notion de temps. Date de date en termes de délais ou de date butoir, lié à un évènement ou à un niveau de préparation.
Les questions de date sont trop souvent négligées ou totalement irréalistes. Le "Quand ?" peut aussi survenir à partir d'un élément déclencheur, et même lui être subordonné.
Par exemple, lorsque vous allez présenter un rapport, vous allez automatiquement définir le "Quand ?" dans votre préambule et même, souvent, faire un historique....
Ou bien vous faites un planning et / ou un rétro-planning.

Comment

Le mot "Comment" introduit la méthode. De quelle façon allons-nous techniquement atteindre notre objectif....
Il s'agit là de définir sa stratégie. Rien de moins.
Même si la formulation est difficile, il faut toujours tracer un plan d'action. Sans plan d'action, un objectif ne sera jamais atteint.
Et d'ailleurs, "comment" sait-on que l'objectif est atteint... Nous allons mettre ici en place les indicateurs qui vont donner le résultat, succès ou établissement d'une nouvelle stratégie (l'échec n'existe pas : l'objectif n'est pas atteint, il faut une nouvelle stratégie pour y parvenir).

Le ou les lieux, bien évidemment. Mais pas que....
On pense généralement aux lieux physiques, cartographiés. Mais on peut aussi se poser la question de savoir "Où ?" se situe le noeud du problème, "Où ?" se situe le point faible de la stratégie ou des personnes....
De suite, ça devient plus intéressant, non ? On continue, "Où ?" est l'argent, "où ?" sont les investisseurs, "Où ?" se place-t-on dans un processus, etc.....
Il va de soi que selon le lieu virtuel où l'on se place, le point de vue change.... C'est pour cela que le "Où ?" ne doit pas être négligé, contrairement à ce que je vois régulièrement où on se contente de répondre à des notions de cartographie pour répondre à cette question qui parait si simple....

Quoi

De quoi t'es ce qu'on cause ? Ben oui, il faut bien définir les choses, mais aussi le vocabulaire commun pour que les échanges soient fructueux.
Souvent j'entends dans ces échanges "Mais de quoi on parle ?". Oui, c'est excellent, on recadre la situation. On ne s'éparpille pas. Avec les corollaires du style "On fait quoi ?" qui sollicite des arbitrages ou une redéfinition des objectifs.
"Quoi ?" tout seul est difficile à appréhender. Mais dans une phrase, il prend plus de sens, et il introduit aussi le "pour quoi" on le fait.
"On parle de quoi ?", "On fait quoi ?", "Qui fait quoi ?", "On parle de xxx, mais c'est quoi exactement ?". Autant de phrases qui permettent d'avancer. On redéfinit les termes, le vocabulaire et on commence à fixer les bases de la stratégie en affectant les tâches ou en les redéfinissant....

Pourquoi

Ah la bonne question... Le mobile ou la finalité, que l'on peut traduire aussi par l'objectif visé ou par l'analyse de la situation actuelle.
Le "pourquoi" ou le "pour quoi". La définition des objectifs est cruciale, même dans vos objectifs de tous les jours.
Vous connaissez certainement la vieille blague :
"Au moyen âge, l'architecte qui construit une cathédrale vient sur le chantier au moment du repas et interroge des tailleurs de pierre en train de se restaurer.
A chaque tailleur, il pose la question "que fais tu ?" et les réponses sont les suivantes :
- Je me repose en me restaurant
- Je taille des pierres
- Je gagne ma vie
- J'essaie de faire des blocs de pierre les plus réguliers possibles
- Je fais partie d'une équipe qui fournit les blocs de construction
- Je bâtis une cathédrale"
Vous voyez la progression ? il y a beaucoup à voir dans cet exemple... à méditer....

Autre exemple, il y a pas mal d'années, l'industrie horlogère française avait pour fleuron, la société Timex. En séminaire les cadres de cette société ont défini pour objectif "Je fabrique des montres".
Au même instant, chez Seiko, même topo, avec pour objectif final "Nous mesurons le temps".
Laquelle des deux prospère encore aujourd'hui selon vous ? Comment ça, vous n'avez jamais entendu parler de Timex ????


Et on l'utilise comment ?

Ben déjà on emploie le terme "Comment", ce montre si besoin en est la pertinence de la chose.
On sait maintenant ce que veut dire CQQCOQP. Mais comment le mettre en pratique... Ben il y a 2 possibilités. La roue ou le tableau.

La roue

Au centre d'une feuille à l'italienne (en paysage), on inscrit notre question, et en dessous Pourquoi (il va de soi que si vous cherchez un lieu pour vous réunir, ce sera Où qui sera inscrit au centre, c'est la question principale qui importe). Puis on fait partir 6 rayons qui tournent autour de la question centrale et à chaque rayon, on associe une question.

Et ainsi de suite. A chaque question, on associe différents facteurs, qui eux mêmes peuvent contenir des sous facteurs. Ne perdez pas de vue l'objectif, nous sommes bien d'accord.

Mais vous allez voir apparaitre une trame qui va vous donner un plan. Soit un plan d'action, soit un plan pour l'écriture de votre dissertation.

Par exemple, vous voulez fêter l'anniversaire de Raoul, comme dans les Tontons flingueurs.

Anniversaire de Raoul Qui Sera invité / ne DOIT pas venir / Ne VEUT pas venir / Se révolte contre Fernand
Où ? Combien De personnes Inviter / de cadeaux à offrir / prix à mettre dans les cadeaux / récupérer d'oseille

Quand Il y a justement une réunion clandestine prévue ce soir, dans une péniche, et ça coïncide avec la date

Comment Fêter dignement la chose / montrer que c'est Fernand qui commande

Quoi Une fête ou une sauterie (comme dans Astérix) ou une réunion de conjurés / faire un exemple / frapper les esprits (et Raoul !)

Pourquoi Parce que c'est Fernand que le Mexicain a choisi comme tuteur de sa fille Patricia / faire passer le message / identifier les conjurés / faire un coup d'éclat


Il va de soi que de la définition des différents critères, le "Où ?" va commencer à prendre forme et répondre aux différentes contraintes qui sont énumérées.

Le mot le plus important de tous (comme je l'ai déjà dit...) est "Pourquoi". Il traduit les objectifs.
De cette définition, tout le reste va découler. C'est pour cela que j'ai volontairement pris un exemple ou la question principale est le "Où ?" et non pas le "Pourquoi ?"....

Le tableau

De la même façon, on peut créer un tableau à double entrée pour poser notre problème.



Comment Combien Pourquoi
Qui


Quoi





Quand



La méthode est la même, mais cette fois, on sépare.
Il suffit de remplir les cases vides et les choses vont commencer à vous apparaitre sous un jour nouveau.

Un autre exemple ?

Dissertez sur "La peine de mort". Oui, je sais, on a certainement dû vous faire le coup...
On me l'a bien fait à moi ;-))).

Reprenons notre trame : Comment est-elle infligée ? Est-ce un traitement humain (quoi) ? A qui est elle infligée ? Combien d'exécutions chaque année ? Dans quels pays est elle encore appliquée (où) ? Quand est elle appliquée (pour quels crimes ou autre possibilité, voir son évolution dans l'Histoire) ?

Tout cela pour répondre à la question (objectif) : quelle est l'utilité de la peine de mort, pourquoi fait -elle encore partie de l'arsenal juridique répressif de certains pays ?

Un plan possible de votre dissertation se forme :

  • I (Thèse) La peine de mort se veut dissuasive (quand)
  • II (Antithèse) Mais on exécute plus d'innocents que de coupables (qui)
  • III (Synthèse = Donc) quelle est l'utilité de son maintien (pourquoi)

Vous pouvez en trouver 50 autres selon vos convictions et surtout, vous allez enfin sortir du cliché, je dis tout ce qui est pour, puis tout ce qui est contre et après, je suis emm...nuyé pour conclure....
Admirez aussi, au passage le syllogisme (Merci pour vos Bravos admirateurs....).
Notez aussi que le autres réponses aux questions peuvent vous fournir de la matière à caser dans vos 3 parties... A bon entendeur....
Et pour les juristes avec un plan en 2 parties et 2 sous-parties, vous voyez l’intérêt de la méthode ? Phénoménal, hein ?


Le mobile, le moyen, l'opportunité

Cette façon de procéder semble presque puérile, ben oui, on apprend les dissertations en 3eme....mais pourtant, on l'utilise aussi pour élucider des crimes.
Certes, les fonctionnaires de police utilisent la phrase "le mobile, le moyen, l'opportunité", mais revoyons le à notre sauce managériale...

Le mobile, c'est le pourquoi ; le moyen c'est comment, et l'opportunité, c'est à la fois où et quand.....
Reste combien ... de personnes sont dans le coup pour les complices éventuels et quoi qui est déjà défini puisqu'il s'agit du crime lui-même...

Comme quoi notre petite phrase du début n'est pas si anodine qu'elle en a l'air....
Mieux, je vous conseille de regarder certains épisodes de Barnaby (oui, je suis un No-life, et je passe ma vie collé devant ma télé) et vous le verrez mettre sur un grand tableau (et relier le tout avec des brins de laine (rouge pour les vicieux qui se posent la question)) les photos des suspects (Qui), le lieu de crime (Ou), attendre les résultats de l'autopsie pour connaitre les circonstances du décès (Comment), avec quelle arme (Quoi), la date et l'heure (Quand), et déterminer s'il y a des complices ou pas (Combien), tout cela étant lié par le mobile (Pourquoi et Pour quoi)...

Et vous retrouvez... le modèle de raisonnement en roue évoqué ci-dessus... CQFD....

Alors, on fait moins les malins, hein ?

Comme quoi, une petit phrase tout simple venue du fin fond de l'antiquité et attribuée à...personne en particulier révèle toute son acuité de nos jours....
A méditer...


Vous pouvez bien entendu, critiquer, commenter et râler, autant que vous le souhaitez, les commentaires sont libres et non modérés....
A vous de jouer, défoulez vous....

lundi 23 mai 2016

L'exorcisme d'Anneliese Michel

Bon après avoir parlé d'Amityville, et des démons réels, il était logique de revenir sur le sujet des exorcismes.
A cet effet, je vais vous raconter la tragique aventure d'une jeune femme victime de négligence criminelle et morte dans d'atroces souffrances car elle se croyait possédée.

Anneliese Michel

Je vais faire un récit succinct, car vous trouverez les faits sur Wikipedia et Google, sans problème.

Anneliese Michel naquit en 1952, dans une ville de Bavière. Jeune fille très pieuse (elle aurait fait pénitence aussi pour les péchés des autres), elle mena une vie sans histoire jusqu'en 1968 (à l'âge de 16 ans), date à laquelle elle fit une crise de tremblements pendant laquelle elle ne pouvait plus maitriser son corps.

Un médecin diagnostiqua une crise d'épilepsie, mais la jeune fille était, en plus, victime d'apparitions démoniaques. Elle fit un séjour d'un an en hôpital psychiatrique mais rien ne s'améliora et elle fit une dépression.

En 1973, les parents demandèrent donc un exorcisme pour délivrer leur fille de ses tourments, mais dans un premier temps, l'église refusa, car Anneliese Michel ne présentait pas les signes "habituels" de possession démoniaque.

Les crises devinrent de plus en plus fortes, et elle s'attaqua ensuite aux symboles chrétiens : crises de violence, auto-mutilation, destruction de crucifix, destruction d'images représentant Jésus, hurlements continus et surtout, elle refusait de s'alimenter. Au cours de ses crises, elle mangeait des insectes, mais elle ne prit plus d'alimentation "normale".

Malgré cela lors de ses crises, elle développait une force herculéenne, un des trois signes de possession démoniaque, ce qui signifie que les exorcismes débutèrent en 1975 pour se poursuivre jusqu'à sa mort, en 1976. Elle avait 24 ans.
Au cours de ces exorcismes, plusieurs "démons" s'exprimaient par sa bouche, mais des démons très connus, puisque humains décédés : Judas l'Iscariote, Néron, Caïn, Hitler, Lucifer pour ne citer qu'eux....

La totalité des exorcismes fut enregistrée et de nombreuses photos furent prises. Vous les trouverez facilement sur le net (YouTube). Toutefois, je vous déconseille de les visionner si vous n'avez pas le coeur bien accroché, car c'est nerveusement très éprouvant. Vous verrez le contraste entre une charmante adolescente et la dégradation vers la personne décharnée qu'elle était devenue à sa mort.


La suite

La Justice s'empara de l'affaire et les parents ainsi que les prêtres exorcistes furent jugés et condamnés, mais à une peine symbolique. L'autopsie montre qu'elle est morte de faim et de soif, à cause de son refus total de s'alimenter. Ce qui l'a achevée est une pneumonie contre laquelle elle était trop affaiblie pour lutter.
Cette triste histoire a inspiré les films "l'exorcisme d'Emily Rose", ainsi que "Requiem".

A l'appui de leurs dires et pour leur défense, les prêtres et les parents ont produit des documents audio, dans lesquels il affirment entendre deux "démons" se disputer pour savoir lequel des deux sortira la premier (nous en reparlerons dans un prochain billet). De même Anneliese aurait vu une apparition de la Vierge Marie pour lui prédire que sa fin était proche.

Il faut savoir qu'en Allemagne, le clergé est très riche, et donc très puissant (un reportage dernièrement diffusé sur Arte l'explique en détail) car appointé par l'Etat qui prélève directement le "denier du culte" sur les impôts des citoyens, à la différence de la France qui est un Etat laïque depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905. De fait, les juges furent défendus par un avocat célèbre et donc très compétent.

Les médecins firent valoir que la jeune fille était traitée pour épilepsie et dépression et certains effets secondaires des médicaments pouvaient expliquer certaines manifestations, mais que les choses avaient empiré suite à l'arrêt brutal du traitement.
De fait, ces traitements médicaux lourds suivi d'un arrêt brutal avaient certainement eu des conséquences directes sur la santé de la jeune fille, mais la Justice se trouvait devant un dilemme stratégique et en l’occurrence, face à un (sacré ;-) ) problème...

D'un coté, les médecins, et de l'autre, une organisation très puissante et très influente qui a accédé à la demande de la famille ainsi qu'à celle de l'adolescente elle-même pour une "guérison" spirituelle, mais létale. Les différents acteurs religieux de ce drame ne se sentaient même pas coupables, mais bel et bien triomphants car ils avaient sauvé une âme avant sa mort et l'avaient arrachée à l'enfer pour l'envoyer au Paradis....
Condamner l'église aurait pu entrainer des troubles à l'ordre public, ce qui était bien évidemment impensable. De fait, laisser filer les coupables d'un acte difficile à qualifier juridiquement (non assistance à personne en danger ou négligences ayant entrainé la mort sans intention de la donner (au minimum comme chef d'accusation, mais on pouvait aller jusqu'à homicide involontaire)) entrainait le risque de voir la porte ouverte à des rituels divers de guérison plus ou moins dangereux si aucune sanction n'était prise...

Car si le non lieu était prononcé, l'Etat aurait, de facto, validé l'éventuelle possession d'un individu par des forces démoniaques et donc tous les crimes de personnes déficientes psychologiquement ayant entendu des voix les poussant à l'acte pouvait entrer dans ce cadre, et les exonérait de leur responsabilité, sans même besoin d'expertise psychiatrique.
La possession démoniaque devenait ainsi un fait juridique....

La Justice choisit donc un moyen terme : les acteurs de ce drame furent condamnés, mais à des peines relativement légères pour ce type d'affaire : 6 mois avec sursis pour homicide involontaire. Qualification maximale du crime et peine légère en regard des faits. Mais cette qualification expliquait bien que le décés d'Anneliese n'était pas due aux démons mais bel et bien à une culpabilité humaine. Anneliese est donc bien morte de mauvais traitements, de dénutrition et de déshydratation, mais aussi de l'arrêt brutal de son traitement médical.


L'exorcisme

Chasser des "démons" d'un humain est une idée aussi vieille que le monde, puisque nos premiers ancêtres attribuaient les maladies aux démons, idée que l'on trouve toujours dans le chamanisme.
Aujourd'hui les exorcismes sont pratiqués par les Catholiques et les Musulmans. Je me bornerai à traiter de la partie Catholique car c'est elle qui concerne Anneliese Michel.
Traditionnellement, ce sont les évêques qui exorcisent, mais ils délèguent habituellement cette charge à un prêtre (dont l'identité est gardée secrète) et il en existe donc un dans chaque diocèse. Désormais ces prêtres reçoivent une formation spécifique pour diagnostiquer les cas courants de problèmes psychologiques afin d'éviter d'exorciser à tour de bras. De plus, l'Eglise distingue l'exorcisme privé (praticable par tout Catholique baptisé) de l'exorcisme solennel (exécuté par l'exorciste du diocèse). A titre d'information, Jean Paul II lui-même a pratiqué trois fois les rituels d'exorcisme (Google est votre pote).

Pour déterminer s'il y a possession, au cours des crises du "possédé",  il faut impérativement, au minimum les 3 critères suivants :
  • Se mettre à parler (ou comprendre) une langue inconnue, et de préférence une langue morte avec une voix différente de la voix "normale" de l'individu
  • Connaitre des secrets alors qu'on a aucune possibilité réelle de les connaitre
  • Faire preuve d'une force physique herculéenne hors normes.

De plus, le possédé blasphème systématiquement, avec violence et les objets symboliques cultuels le mettent dans une rage folle. Après la crise, en règle générale, il se calme et oublie tout.

Il va de soi que si vous voyez la tête d'une personne devenir verte et tourner à plusieurs reprises sur elle-même, le corps étant fixe, vous pouvez vous douter que c'est un cas de possession, même si le symptôme n'est pas décrit ci-dessus. Vérifiez quand même bien avant de pratiquer un exorcisme que vous n'êtes pas dans une salle de cinéma...

Souvent, le possédé nomme les démons qui le possèdent, et c'est une indication dont a besoin l'exorciste pour les chasser.
Le Pape Paul V a codifié un rituel en 11 points (Wikipedia est votre ami) pour l'exorcisme qui se fait (tiens donc !) en 3 fois....
Bien entendu, on y ajoute les éléments traditionnels tels que la confession, la prière (parfois collective), la communion, l'aspersion d'eau bénite et autres objets bénis (crucifix, etc...) et... le jeûne..... Oui, vous avez bien lu : le jeûne.... Vous comprenez mieux maintenant ?

Dernier point : un exorcisme ne peut PAS échouer. Il peut durer longtemps, mais sera toujours couronné de succès.


Comment expliquer ce drame ?

La psyché humaine est vaste et très riche. Mais parfois elle est très fragile. Si l'on prend le cas d'Anneliese Michel, elle a 16 ans lorsque les crises se déclenchent. En Bretagne, c'est l'âge de la "petite hantise", et surtout le passage à l'état d'adulte par des ados plus ou moins mal dans leur peau.
A cela il faut rajouter des troubles médicaux sévères, épilepsie et dépression. Le contexte dans lequel baigne Anneliese est assez contraignant et imprégné de mysticisme.

Prenons par exemple les noms des "démons" qui la possèdent et qu'elle nomme. Ce sont des tyrans et des dictateurs, mais toujours des humains.
Elle ne peut pas nommer Azatoth ou Astaroth, ni Azazel, Alastor (hé oui, c'est un démon, n'en déplaise à JK Rowlings), Abrasax (ophone) ou Abbadon (le démon de l'Apocalypse), et j'en passe (Belzébuth, Lilith (pour la parité homme/femme), Moloch....). Elle n'a pas la culture nécessaire et donc, elle manque de références. Elle a la culture d'une gamine de 16 ans et connait les monstres de l'Histoire. Comme son entourage est pieux, elle n'a pas connaissance des noms des vrais démons (pas de blasphème, pas d'invocation en prononçant un nom sulfureux). A priori, elle ne s'est jamais exprimé en araméen ou autre langue morte... Bref on peut douter de la possession.

Pour ce qui est de la force surhumaine, j'ai été confronté une fois à un coma éthylique d'une personne qui avait bu de l'alcool à 90° pour se saouler. Tentative de suicide ou expérience idiote, je n'en sais rien, mais à l'époque je pesais 78 kg pour 1.85 m et je tentais de tenir un bras (oui, un seul bras), et j'avais 4 autres copains du même gabarit pour tenter de maintenir le forcené afin de lui passer une camisole pour l'empêcher de se blesser. Un sur chaque membre et un assis dessus. Nous n'y sommes pas arrivés et il nous a fallu attendre le coma en faisant du rodéo. Pour la petite histoire, oui, nous avons réussi à le sauver, mais imaginez si cela était combiné à une crise d'épilepsie, comme Anneliese Michel....
En crise, l'être humain peut développer des ressources incroyables. En contre-partie, une fois la crise passée, il tombe dans un état d'abattement proportionnel à sa vitalité en crise.

Pour ce qui est des "secrets", il n'est nulle part fait mention de tels "secrets" dévoilés. On en aurait entendu parler vu l'importance prise par cette affaire.

Donc si on prend en compte les critères nécessaires à l'exorcisme... on ne les trouve pas... Alors ???


L'aspect psychologique

Nous y revenons toujours. Les troubles de la personnalité sont très complexes et revêtent des formes parfois déconcertantes. Il semblerait que ce soit Anneliese la première qui ait envisagé un cas de possession, sans doute par déception de ne pas guérir malgré sa Foi.
Qu'après, ayant toujours des malaises, elle ait voulu détruire ce en quoi elle avait placé sa confiance et qui ne "marchait pas" pour la guérir, il n'y a qu'un pas....
Il faut savoir aussi que les médicaments utilisés dans ce type de troubles de la personnalité est très dangereux et occasionne différents effets secondaires déstabilisants.
Le comportement est totalement altéré et la personne est capable de faire des choses réputées impossibles : Anneliese a pu faire jusqu'à 600 génuflexions d'affilée ce qui lui a occasionné des cassures au niveau de l'articulation des genoux. Signe de possession ou symptôme de maladie très profonde ?

Le mot le plus utilisé en cas de possession est Schizophrénie. La schizophrénie est une maladie qui apparait au début de l'âge adulte (vers 16 ans par exemple ?) et qui induit une perte de contact avec la réalité ainsi que des hallucinations et perturbe le processus de pensée par des délires.

Ses hallucinations peuvent impliquer l'ensemble des sens, mais le plus souvent, il s'agit d'hallucinations auditives (Allo ? Jeanne d'Arc ?) que le malade entend sous forme de voix imaginaires, "souvent étranges ou persécutrices".

De plus, cette pathologie s'accompagne le plus souvent de paranoïa et le malade s'imagine que chaque individu qui croise sa route est là pour l'espionner.

Prenons la définition de Wikipédia :

"Elle se sent surveillée, persécutée, en danger ou croit que la télévision lui envoie des messages. Elle est convaincue d’avoir le pouvoir d'influencer les événements dans le monde, d'être contrôlée par une force extérieure ou que d'autres individus peuvent lire dans ses pensées. Les hallucinations sont d'ailleurs couramment en relation et viennent renforcer ces idées délirantes".

Si la personne a une culture Catholique et est profondément imprégnée de religions, comment vont s'orienter ses pensées et de fait, ses hallucinations ?

Un autre symptôme touche la parole. Le malade prononce des phrases incohérentes et des mots sans suite. Les cas les plus sévères vont jusqu'à inventer des mots....
Relisez le "parler en langues" qui peut déclencher l'exorcisme et vous comprendrez mieux les imbrications....


L'aspect médical - une mauvaise concordance

Bref, le malade donne à peu près tous les symptômes qui nécessitent un exorcisme. Pire, le malade développe des "symptômes négatifs" (Wikipedia est toujours un pote à vous) qui vont confirmer l'apparence de possession.... Le malade semble s'enfoncer dans l'autisme et vit dans son monde, sans pouvoir plus s'occuper de lui-même, il perd toute motivation à agir, et se révèle incapable d'éprouver du plaisir. N'oublions pas non plus que la jeune fille souffre d'épilepsie, ce qui peut provoquer des crises spectaculaires.

Dans une crise épileptique, le sujet est victime d'hallucinations sensorielles, de troubles du langage, de vomissements et de diarrhées, et accomplit des mouvements anormaux.
Bref, tous les symptômes de la possession "classique", mais dus à une maladie parfaitement connue.Imaginez ce que peut donner une crise épileptique chez un schizophrène et donc l'amplification du phénomène hallucinatoire et des symptômes.....
Maintenant, nous connaissons de mieux en mieux toutes ces maladies, mais il y a presque 50 ans de cela, la science ou plutôt la médecine ne disposait pas de l'arsenal des outils aussi précis que les scanners actuels.

La schizophrénie a d'ailleurs commencé à être étudiée dans les années 70.... Les études montrent que dans un cas sur trois, l'état du patient s'améliore durant les premières années. Dans un cas sur trois, le second tiers, donc, l'état du patient s'améliore après 20 ou 25 ans, mais dans le dernier tiers, l'état du patient se dégrade....
Et que penser si, en plus, le patient est épileptique ? Tous les symptômes sont amplifiés, et si Anneliese se trouvait dans le troisième et dernier tiers....

Bref Anneliese a été victime d'une rare conjonction de maladies et d'un environnement favorable à l'idée d'une possession démoniaque. Cela a causé sa perte dans d'atroces souffrances, sans traitement médical.



Existe-t-il d'autre cas ?

Hé bien oui.... Recherchez l'affaire des démons de Loudun sur Google... on est dans le pacte avec le diable pour la possession des âmes (mais pas que des âmes...) de bonnes soeurs à Loudun.
Les soeurs "voient" des fantômes, éprouvent des envies indignes de leur condition monastique et ... cessent de s'alimenter....
C'est un phénomène d'hystérie collective et qui donne les mêmes symptômes, chose que l'on retrouve aussi dans les cas d'acculturation (Wikipedia for ever).
Les pouvoirs du cerveau sont surprenants et on a toujours tendance à négliger le facteur psychologique et le facteur humain pour faire rentrer tous les cas dans des moules pré-formattés....

On peut se rendre compte à travers ces exemples de la persistance des symptômes à travers le temps et l'espace et donc, effectivement il est clair que ce soient les signes qui doivent déclencher l'exorcisme, car, en réalité, on tourne en rond...
Le schizophrène se comporte comme un possédé et la possession est plausible puisque l'on voit des schizophrènes
En fait la schizophrénie a été "reconnue" très tôt, mais non comme une maladie, comme les psychopathes qui sont devenus les vampires et les dédoublements de personnalité (ou un début de schizophrénie) qui ont donné les loups-garous....

Pensez à Jeanne d'Arc : que serait-elle devenue aujourd'hui si elle expliquait que des "voix" célestes lui avaient confié une "mission" ??? Douche froide et électro-chocs ??? Petites pilules roses comme pour les "Visiteurs" qui ne sont pas nés d'hier ?
Pas étonnant que nos "pesteux bruns" actuels l'aient choisie comme emblème, non ???

Pour l'affaire de Loudun, Richelieu a "récupéré" l'affaire pour se débarrasser "proprement" d'un adversaire gênant... Wikipédia est votre ami.
Pour Anneliese Michel, c'est un malheureux concours de circonstances et l'obstination d'individus convaincus d'agir pour le bien qui ont provoqué cette catastrophe humaine.
Impossible pour eux de se remettre en question et de sortir du cercle qu'ils ont eux-mêmes construit. Ils avaient raison, point. C'est tout le problème du dogme....
Une fois la pauvre jeune fille perdue, autant limiter la casse, tout en essayant de prévenir une récidive quelconque.... d'où la décision de Justice aussi disproportionnée.

La jeune fille était tout simplement malade, et il fallait la soigner tant bien que mal.
Que ces tristes affaires nous servent de leçon pour toujours rechercher la "substantifique moelle", et ne pas nous contenter d'observer la surface des choses.
Le cerveau humain est un outil merveilleux dont nous connaissons à peine 1% du fonctionnement.
Il peut avoir des dysfonctionnement, mais cela doit nous inciter encore plus à traiter les autres avec respect et humanité.... surtout ceux qui ont leurs capacités diminuées du fait de la maladie.

A vous de commenter ... si vous vous en sentez le courage

vendredi 14 août 2015

Mentalisme : La combustion Humaine Spontanée et ses répercussions

Tout le monde a entendu parler d'un phénomène bizarre autant qu'étrange : la combustion humaine spontanée.
Des individus que rien ne distingue et qui, subitement, du jour au lendemain, se sont consumés de l'intérieur, au point qu'on ne retrouve d'eux que des tibias et des cendres.
Je dois avouer que, vu comme ça, il y a de quoi avoir peur. Mais encore une fois, qu'en est il réellement ?

La véracité des faits

Une fois n'est pas coutume, pour une fois, les faits sont avérés.
Mais, avant tout, explicitons bien les termes utilisés de façon à bien circonscrire notre propos.
La combustion est un feu sans flammes. Le corps (j'utilise le mot corps de façon générique) brûle, mais sans émettre de flamme.
La combustion humaine indique que ce phénomène s'applique aux corps humains, et spontanée précise que la combustion se déclenche immédiatement (dans le sens premier du terme, sans média), sans cause apparente.
De fait, pour une fois, il existe quelques cas recensés de Combustion Humaine Spontanée (CHS), et l'on a retrouvé des personnes, intégralement consumées, ou consumées partiellement, avec les tibias intacts, alors même que la totalité de leur environnement est préservé du feu : le fauteuil sur lequel elles sont assises, par exemple.
Je place à part, les cas évidents dans lesquels une personne s'est assoupie avec une cigarette non éteinte à la main, la combustion étant une conséquence logique, mais s'effectuant avec flammes et en détruisant l'environnement du corps.

Une fois cela posé, trions le bon grain

De l'ivraie.... Nous nous trouvons, enfin ?, devant un mystère mystérieux.
Là encore, il faut faire preuve de prudence. A coté de ces faits avérés, certains individus ont déclaré avoir été témoins de réelles combustions humaines spontanées, avec flammes.
Pour le moment, ce ne sont que des légendes urbaines (voir le billet sur les légendes urbaines ici....), car aucun cas de genre n'a pu être scientifiquement démontré.
Un seul et unique témoin, pas de victime nommément connue, etc.... Donc ces points là sont sujets à caution.
Il nous faut donc nous concentrer sur ce qui est avéré.

Comment faire du feu

A priori, il faut un silex, une pierre, de l'étoupe...  Non, plus sérieusement, il faut du combustible, du comburant et une température élevée.
Pour qu'un objet s'enflamme, la température doit atteindre au minimum, celle du "point d'étincelle". Il faut donc un point chaud, à une température suffisante. Une cigarette, une lampe puissante, un radiateur rayonnant, une bougie....
Le comburant est l'air.
Reste à trouver le combustible.
Le combustible le plus simple à trouver sur un corps humain, c'est... tout simplement sa graisse.
Le départ du feu doit se situer sur le corps, là où la masse graisseuse est la plus importante. Ce qui pourrait expliquer que les extrémités soient épargnées. Les tibias et les bras contiennent moins de graisse.
De plus se sont des points bas et la combustion a tendance à monter. Si vous tenez une allumette allumée tête en haut, elle va finir par s'éteindre seule.
Faites pareil avec l'allumette dirigée tête en bas, la totalité du bois va s'enflammer. Le feu monte.
Pour que le feu prenne, on utilise souvent un accélérateur. Un alcool ou un produit voisin, le plus volatil possible.
L'exemple de la bougie est excellent : on "voit" comment le processus se passe.
la stéarine est fondue par la chaleur, monte par capillarité dans la mèche et est brûlée par la flamme. Nous avons le même schéma que celui que nous venons de décrire, avec de la graisse à la place de la stéarine.
Reste un éventuel accélérateur à découvrir pour expliquer la totalité de la CHS.

Quelques chiffres macabres

Un corps humain est principalement composé d'eau (70%). Donc, difficile à enflammer.
Mais la graisse, elle, n'est pas uniformément répartie sur tout le corps. Il y a des zones précises où elle a tendance à s'accumuler. Imaginons qu'une partie de cette graisse soit "allumée", et le processus est déclenché.
Pour enflammer de la graisse humaine, la température doit atteindre les 240°C, mais ensuite, un température d'à peine 24°C suffit à entretenir la combustion.
La combustion de notre graisse est exothermique, c'est à dire qu'elle peut entretenir elle-même sa propre combustion, tel que l'a démontré, en 1965, un spécialiste de médecine légale, le Docteur Gee.
Par contre, une température de 1 650°C est indispensable pour la crémation des os.... sinon, il en reste des fragments, alors que dans les cas de CHS, tout est réduit en cendres.
Comment obtenir une chaleur aussi intense ?

L'effet de mèche

Comme les victimes sont assez souvent des femmes alcooliques, pendant longtemps, les théories fumeuses (c'est le cas de le dire) et sexistes se sont taillé la part du lion.
Mais n'importe quel alcoolique ne prend pas spontanément feu. Il faut savoir qu'à 5g d'alcool dans le sang, c'est la mort assurée (quoi que certains cas exceptionnels aient pu survivre avec une telle concentration d'alcool dans la sang).
Autrement dit, il faudrait essayer d'enflammer un liquide contenant 5% d'alcool pour voir dans quelle conditions un feu pourrait partir, sachant qu'un vin de table banal titre dans les 11 ou 12 degrés, soit 11 ou 12% d'alcool.
Avez vous déjà essayé de mettre le feu à du vin de table ? Ce n'est pas gagné....
Même pour flamber des bananes, on est obligé de chauffer l'assiette pour vaporiser un peu d'alcool, et le titre du spiritueux utilisé est bien supérieur....
Donc la cause est ailleurs, et c'est là qu'intervient l'effet de mèche...

Tout commence avec un fait divers morbide : en Provence, des malfaiteurs assassinent une femme lors d'un cambriolage. Pour effacer à coup sûr, leurs traces, ils décident de mettre le feu, et pour ce faire, ils versent du parfum sur les vêtements de la victime, puis y mettent le feu.
Or, les choses ne se passent pas du tout comme prévu, mais par contre, donnent une bonne explication pour la CHS.
L'accélérateur en brûlant, enflamme la graisse et les vêtements, qui se comportent comme une mèche de bougie alimentée par la graisse du corps. Mais il n'y a pas assez d'alcool et les grandes flammes cessent. La température a été suffisante, la graisse du corps s'enflamme, et donc le phénomène est auto-entretenu, toujours en combustion.
La personne brûle donc, exactement comme une chandelle. Mais rien de magique, la dedans, rien que du tragique.

Et les ossements sont consumés. Comment cela est il possible ? Les spécialistes de la crémation considèrent qu'une température de 900°C est suffisante dans ces condition pour tout brûler à condition que le temps de combustion soit supérieur à 1h30mn.
Et bien entendu, cette température peut être abaissée à condition que la crémation dure plus longtemps. Voilà toute l'explication.
Deux documentaires ont été faits sur ce sujet, le premier reprenant les expériences menées (suite au meurtre cité plus haut) sur des carcasses de porc, et le second sur une personne âgée qui revenait d'un feu d'artifice.
ATTENTION : ces documentaires, quoi que fort bien faits, sont assez déconseillés aux personnes sensibles.

Voilà donc toute l'explication, et l'alcool intervient bien dans la CHS, mais de façon détournée : il augmente notablement les réserves de graisse de ses consommateurs, ou bien, la victime est saoule, voire dans un coma éthylique.
Si on reprend tous les cas de CHS, on retrouve toujours ces constantes, à savoir, une personne replète, seule, une flamme vive avec un accélérateur, et des vêtements ou autres qui vont servir de mèche.
De plus dans tous les cas, il y a eu une suie abondante et les locaux étaient fermés. Une fois une grande partie de l'oxygène brulé, la combustion se fait, intense, mais lente, comme avec des braises.
Là, tout s'explique : les petites flammes qui ne mettent pas le feu partout, la zone brûlée, circonscrite à la zone où a été répandue la graisse liquide, en train de brûler, la crémation des os, l'odeur, etc....
La seule chose positive, c'est que le décès est généralement ante mortem. Le corps qui brûle est donc un cadavre (combustion post mortem) et à ma connaissance, il existe un seul cas de combustion ante mortem : celui d'une femme, institutrice, qui est morte dans ces conditions devant sa propre soeur qui n'a rien pu faire que la voir se consumer.


Les théories vaseuses

Ouvrez bien vos mirettes, c'est la valse du portnawak....
Les premières explications concernaient la foudre en boule. A priori, à part dans les BD de Tintin, et devant le Professeur Tournesol, c'est un cas assez rare...
Ensuite, on a évoqué le "suicide psychique". Théorie qui n'était pas des plus farfelues à priori, puisqu'on avait remarqué que ce phénomène touchait en priorité des femmes âgées, isolées et seules. Mais, bon, c'était aussi choisir la voie de la facilité....
Nous avons aussi les cas d'hyperthermie.... généralement ces phénomènes accompagnent des extases mystiques. Ce n'est pas faux, mais de là à brûler un corps humain....
Dans le même ordre d'idée, comme le phénomène est très ancien, on a parlé, en ces époques obscures de "châtiment divin". Il est vrai que lorsque l'on voit ce qui en est dit sur certains sites à l'époque actuelle, on est enclin à la clémence envers nos ancêtres.
Nous avons aussi l'hypothèse de la "Dissolution physique". Sans commentaire.
Il existait une piste sur la maladie de Stevens-Johnson, qui était une intoxication médicamenteuse provoquant des maladies de la peau, dont les symptômes pouvaient rappeler une CHS....
Une autre théorie que je laisserai de coté, c'est celle du "rayon de la mort". Pour ceux qui sont adeptes de cette théorie, je conseillerai la lecture des livres de Jean Ray racontant les enquêtes de Harry Dickson, et notamment "La mystérieuse lueur verte"....
Certains sont même allés jusqu'à inventer une particule subatomique : le "pyrotron" pour expliquer la CHS. Pourquoi faire simple....
Et enfin, trouvé sur le net, je cite (in extenso, fautes d'orthographe incluses) : " L’hypothèse d’une force inconnue.

Dans certains cas connues de trois combustions spontanées ayant eu lieu la même journée, les enquêteurs ont avancé que ce jours-là, une force inconnue aurait planté sur la terre une sorte de Trident aux pointes de feux.".
Je n'ironise pas sur cette dernière hypothèse, le webmaster de ce site a fait un travail remarquable de collation d'information, et cite même des sources. Mais je m'étonne que sa démarche se soit arrêtée en si bon chemin.


L'argument d'ignorance

On revient maintenant dans le mentalisme. Et du mentalisme utile pour éviter de se faire manipuler.
C'est là que nous allons voir certaines notions dont vous aurez besoin pour plus d'objectivité. L'argument d'ignorance parait quelque chose de compliqué, au premier abord, mais en réalité c'est hyper simple.
En droit, on appelle cela la charge de la preuve. C'est celui qui affirme qui doit prouver l'exactitude de sa théorie.
Or, bien souvent, on inverse, à dessein, bien entendu, cette charge de la preuve, et on suppose que tant qu'on ne peut pas démontrer qu'une chose est fausse... elle est forcément vraie.
Prenez toutes les théories (j'allais dire fumeuses) citées au dessus. Impossible de prouver qu'elles ne sont pas véridiques. Mais elles ne sont pas forcément vraies pour autant...
Je prends le dernier exemple du chapitre précédent.
"Dans certains cas connues de trois combustions spontanées ayant lieu la même journée". Quels sont ces trois cas ? S'ils sont connus qu'on les cite...
A la limite, que prouvent trois CHS ayant lieu le même jour, sinon une coincidence ?
Pareil pour les enquêteurs : qui sont ils ? Quelle est leur légitimité ?
Je continue avec la force inconnue, qui est bien pratique. Quelle que soit la catastrophe, vous pouvez toujours invoquer une force inconnue pour tout expliquer....
Et cette force plante sur la Terre, un trident aux "pointes de feux".
Un sacré Trident, alors, d'autant qu'il aurait fallu calculer si le trident aurait été assez régulier pour toucher trois victimes forcément équidistantes les unes des autres, et alignées (par 3 points, il ne passe qu'un seul plan)...

Gardez toujours votre objectivité et votre esprit d'analyse....
C'est celui qui affirme qui a la charge de la preuve et qui doit prouver ce qu'il avance. C'est la système de base en droit, dans tous les pays du monde, dictatures exclues, bien évidemment....
L'argument d'ignorance est une technique de manipulation qui vise à vous faire accroire que si on ne peut pas prouver que quelque chose est faux, c'est forcément vrai. Ne tombez jamais dans ce panneau.


On vous servira le même discours pour les OVNIs

Tous les gourous, patrons de sectes et autres profiteurs, ou de gentils illuminés appliquent consciemment pour certains et inconsciemment pour d'autres.
Le discours sera toujours du style "prouve moi que les OVNIs n'existent pas".
Ben désolé les gars, mais ça ne marche pas comme ça....
Prouve moi que les OVNIs existent, et après je te ferai des excuses. Ceci étant, le fait que l'on ne puisse pas prouver que les OVNIs n'existe pas n'implique pas forcément qu'ils n'existent pas...
Je ne sais pas s'il y en a encore qui suivent, mais si oui, vous avez bien compris le principe.


Vous pouvez laisser des commentaires.....

jeudi 2 avril 2015

Jonathan Creek

Bien, joli titre.... mais qui est Jonhathan Creek ?
C'est le héros d'une série télévisée très peu connue en France, à mon avis à tort.

Jonathan Creek est l'assistant d'un magicien (Adam Klaus), comment dire.... ignoble serait le minimum. Méprisant, vénal, agressif, escroc, bref, le type parfait de l'homme à abattre.

A l'opposé, Jonathan Creek est un introverti, peu sociable, taciturne, qui vit dans un moulin qui tient plus de la caverne d'Ali Baba que du Home Sweet Home si cher aux anglais.
Le moulin a deux étages : au rez de chaussée, l'atelier avec des Vierges de Nuremberg et autres sarcophages Egyptiens. A l'étage, l'appartement de Jonathan.

Par contre, c'est un génie. Il met au point, en coulisse, les "mécanismes" des illusions que va réaliser sur scène Adam Klaus, le célèbre magicien. Il fabrique lui-même les accessoires nécessaires dont il a fait les croquis dans un carnet très précieux (que beaucoup convoitent).
Ses illusions sont parfaitement au point, spectaculaires et assez "gothiques" pour donner un petit cachet macabre à la série. D'ailleurs, le générique n'est autre que la "Danse macabre" de Camille Saint Saëns.

Les titres sont aussi parfaitement évocateurs : The Curse of the Bronze Lamp (La malédiction de la lampe de bronze), The Clue of the Savant's thumb (L'énigme de l'orteil du savant), Danse Macabre (inutile de traduire), etc....

L'ensemble de la série est ironique et désabusé, mais la journaliste fofolle se charge de mettre un grain d'optimiste qui confère un cachet particulier à cette fiction, sans compter l'humour anglais, un tantinet absurde, mais omniprésent.


Pourquoi parler de cette série ?

Tout simplement, parce que Jonathan Creek ne se contente pas d'être un génie bricoleur.
Sa petite amie, journaliste (elle sera remplacée plus tard par une autre petite amie, l'actrice qui tient ce rôle ayant quitté la série pour se consacrer à sa famille), est complétement déjantée, et elle utilise (éhontément ?) ses capacités intellectuelles et créatrices pour l'aider à résoudre ses enquêtes.

Ah ! Donc nous allons parler d'enquêtes ?
Oui, bien sûr, car comme de juste, chaque épisode de la série raconte un meurtre, mais un meurtre impossible à réaliser. La mort de la victime est "magique" et c'est en cela que les capacités de Jonathan Creek sont inestimables.
Il est capable de "voir" et de reconstituer l'enchainement des faits qui éclaircissent ces meurtres inexplicables.

Au passage, c'est aussi une satire de certains types de magiciens qui oublient que leur profession est sensée créer, du rêve, du merveilleux ... bref, de l'illusion et de la magie.
On voit d'ailleurs dans certains épisodes des "tours" dévoilés... ce ne sont pas les meilleurs, je vous rassure...

Et donc ?

Pour illustrer mon propos, je vais vous donner le contexte d'une enquête de la délicieuse journaliste, sans spoiler la fin, mais comme vous vous en doutez, Jonathan Creek trouvera le coupable et l'explication.

L'épisode 2 de la Saison 1 (Jack in the Box) décrit une énigme comme on les aime.
Un vieil acteur Jack Holiday est trouvé mort, une balle dans la tête et un pistolet dans la main dans un abri nucléaire, fermé de l’intérieur. Tout le monde pense bien entendu à un suicide, mais il y a un léger problème...
Jack est paralysé par l’arthrose et ne peut rien faire seul (même pas "éplucher une banane"). Or, il y a un pistolet dans sa main. Si l'on en déduit qu'il s'agit d'un meurtre maquillé en suicide, comment a fait le meurtrier pour s'échapper.

On retrouve les énigmes de notre enfance, avec le "Mystère de la chambre jaune" de Gaston Leroux, mais on y retrouve aussi le "Double assassinat de la rue Morgue" de Edgar Allan Poe, dont nous parlions dans un article précédent. Le meurtre en chambre close.

En fait, on se trouve confronté à une impossibilité. C'est du grand art... qui a dit de la magie ?
Pour bien comprendre, il faut savoir que nous vivons dans l'illusion de nos sens et de nos interprétations de la réalité.
De fait, nous sommes suggestionnables et manipulables.

Ce qui veut dire ?

Ce qui veut dire que nous ne sommes pas à l'abri de prendre des vessies pour des lanternes.
Houdini, grand magicien parmi les plus grands, expliquait que "ce que l’œil voit et que l'oreille entend, l'esprit le croit". Ce fut un des plus grands illusionnistes de tous les temps et il dénonça violemment les pratiques des médiums, en mettant au grand jour leurs "trucs" et autres artifices.

A la mort de sa mère, Houdini voulut entrer en contact avec elle, et fit appel à des médiums. Or, on ne trompe pas un homme comme Houdini.
Il est trop expérimenté et trop critique pour ne pas voir les supercheries et autres biais utilisés par les "spirites".

De fait, en son temps, il a dénoncé les tours de ... mentalisme, non pas en tant que tours, mais en tant qu'exploitation de la crédulité des individus à des fins vénales.

De nos jours James Randi ou l'illustre Gérard Majax ont repris ce rôle de pourfendeurs d'escrocs se faisant passer pour médiums, alors qu'ils appliquent de bonnes vielles techniques d'illusionniste mentaliste.

Pour ces trois illustres personnages, Google est votre ami.

Une coïncidence pas si anodine

Remarquez comme les policiers font référence à l'illusion, comme si un vague cousinage se dessinait.
Columbo, dont j'ai déjà plusieurs fois parlé (lisez les autres article du blog ;-) ), mène plusieurs enquêtes dans le monde de l'illusion. La série "Mentalist", également a pour cadre (dans certains épisodes) le show-biz.

Mais à mon sens, celle qui illustre le mieux, l'interpénétration de la magie utilisée à des fins manipulatoires et de la vie réelle, (et encore plus criminelle) est Jonathan Creek.

Il n'en existe que 5 saisons, mais les épisodes sont réellement bien pensés, en jouant sur le contraste entre Adam Klaus qui montre une incompétence technique notoire, mais dont les équipements conçus par Creek font tout le travail pour lui, et un véritable cerveau analytique qui décode ce qu'il voit et l'interprète correctement.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que la vie n'est qu'une immense scène de théâtre, et qu'il convient de bien comprendre les mécanismes de la manipulation pour (autant que faire se peut) y échapper et conserver une certaine liberté.
Pour cela, intéressez vous au monde de l'illusion et affutez vos raisonnements en exerçant votre esprit critique.
En analysant et en décortiquant toutes les informations qui vous parviennent en vous concentrant sur le factuel, essayez de voir la réalité sous l'apparence.

Sachez enfin que certains travestissent la réalité pour influer sur votre comportement et vos choix. Ils veulent vous manipuler.
Réagissez.

Bref, regardez cette série et faites vous plaisir. Vous ne verrez plus les choses de la même façon après cela...




Maintenant à vous de juger, et de laisser un commentaire pour critiquer ce billet.... C'est à vous....


jeudi 19 mars 2015

Tout sur Sherlock Holmes



Un petit article en passant sur une de mes idoles : Sherlock Holmes.

Il faut savoir que Sherlock Holmes est un véritable précurseur : il a posé à l'époque Victorienne les principes de la forensique, l'étude scientifique des scènes de crime, dont les règles sont encore suivies de nos jours....
Plutôt incroyable, non ?

De fait, la littérature sur le sujet est abondante et le pire y côtoie le meilleur.

C'est pour cette raison que je voulais vous parler du livre "Sherlock Holmes - Détective Consultant" par John Bastardi Daumont.

Daumont est un illusioniste et un mentaliste de haut niveau et accessoirement ;-) un avocat qui a commencé sa carrière à Nice avec le Procureur Eric de Montgolfier. Bref, une référence. 
Nous reparlerons de lui et de ses livres dans de futurs articles.

Pour en revenir à Sherlock Holmes, il est le père de la méthode déductive (on part des faits pour en déduire ce qui s'est passé) et s'oppose à la méthode inductive (on "comprend" ce qui s'est passé et on recherche les preuves matérielles de la justesse du raisonnement, comme le Chevalier Dupin par exemple), qui est beaucoup plus difficile et complexe à utiliser dans la résolution de crimes.

Si cela vous intéresse, je ferai prochainement un article sur ce sujet, pour expliquer les différences et les avantages / inconvénients de chacune des deux méthodes.

Ce livre est une référence. Pour les débutants, certes, mais pour les spécialistes de Sherlock Holmes, c'est aussi une référence, car il fait bien le tour du sujet, sur tous les aspects environnementaux de Holmes. Il décrit bien la totalité du mythe.

On peut lui reprocher de ne pas assez s'intéresser à la "méthode" Sherlock Holmes, ni à l'aspect psychologique, mais il s'agit d'un ouvrage généraliste qui fait véritablement le point sur l'impact de Sherlock Holmes dans la conception actuelle de chaque individu des méthodes policières d'investigation, et sur son apport réel aux sciences forensiques. 
On y parle donc du Professeur de Doyle, Joseph Bell, qui est le "modèle" véritable de Holmes, qui a formé Doyle à sa méthode déductive et de la série télévisée qui lui est consacrée et qui met en lumière ses apports sur le raisonnement déductif à Doyle.

Il reprend aussi les véritables avancées scientifiques du moment et les personnes comme Bertillon ou Locard (deux français, Cocorico) qui ont été les "pères" des méthodes d'investigations actuelles, en corroborant la méthode de Sherlock Holmes (c'est pour cela que Horatio Caine, expert à Miami parle régulièrement de Locard).

Le personnage fictif de Sherlock Holmes est donc bien relié à tout son environnement et c'est une mine d'information, bien illustrée et bien documentée.

Visiblement l'auteur est cinéphile et comme je le suis aussi, c'est un régal de lire les extensions du mythe au cinéma ou à la télévision, et les appréciations de l'auteur qui les relie (et analyse cette relation) au Canon original de Conan Doyle.

Le livre se lit facilement et donnera véritablement à ceux qui découvrent Sherlock Holmes ou a ceux qui le connaissent déjà bien et qui connaissent le Canon de Conan Doyle une restitution en perspective complète de leur héros.

J'ai adoré ce livre et je l'ai lu en 2 jours. J'espère seulement que John Bastadi Daumont continuera sur sa lancée et écrira un ouvrage sur la méthode Sherlock Holmes et un autre sur sa psychologie... en complément de celui-ci.

L'avenir nous le dira....